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24 Août 2019 | 23, Av 5779 | Mise à jour le 08/08/2019 à 12h19

Rubrique France/Politique

Sylvain Maillard : « Cette résolution permettra de dire ce qui est effectivement antisémite »

(DR)

Député LREM et président du Groupe d’Étude sur l’Antisémitisme à l’Assemblée nationale, Sylvain Maillard propose cette semaine aux parlementaires de voter une résolution visant à approuver la définition de l’antisémitisme utilisée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste et qui permet de qualifier d’antisémites les attaques antisionistes motivées par une haine des Juifs.

Actualite Juive: La proposition de loi sur la définition de l’antisémitisme qui devait être présentée le 29 mai dernier le sera finalement d’ici les prochains jours. L’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme avait suscité des remous, y compris au sein de votre parti. La situation a-t-elle depuis évolué ? 

Sylvain Maillard : Le sujet fait en effet discussion, tout comme il peut le faire au sein de la société. Pour autant, quelque deux cents députés, issus de divers horizons politiques ont déjà cosigné cette proposition de loi. D’autres députés restent sur leurs positions ou ne partagent pas pleinement l’ensemble de mes motifs. D’autres encore restent simplement à l’écart du sujet mais rien ne dit qu’ils ne voteront pas ce texte. 

   Au cours de ces derniers mois, j’ai pris le temps d’expliquer que, tout comme on ne critique pas l’existence de l’État iranien ou de n’importe quel autre pays, on ne peut pas critiquer l’existence même de l’État d’Israël. Le faire est une sorte d’antisionisme qui est antisémite. En revanche, on a évidemment le droit de critiquer la politique de n’importe quel gouvernement israélien, y compris sur les questions de colonisation et de frontières. Plusieurs de mes collègues avaient besoin que l’on clarifie cette nuance. 


A.J.: L’adoption de cette définition constituerait selon vous un «instrument efficace de lutte » contre ce nouvel antisémitisme. De quelle manière concrètement ? 

S.M. : Partant du principe que l’on ne peut pas combattre quelque chose que l’on nommerait mal, cette résolution permettra de dire ce qui est effectivement antisémite. Cette définition sera ensuite diffusée auprès de nos institutions policières, juridiques et éducatives pour que chacun puisse faire le distinguo entre ce qui relève de l’antisémitisme et ce qui n’en relève pas

 Si l’on repense à l’affaire Finkielkraut au cours de laquelle le philosophe s’était fait traiter de « sale sioniste » lors d’une manifestation des gilets jaunes. Tout le monde avait bien compris que l’insulte signifiait « sale juif ». Pour autant, les textes officiels laissent libre interprétation aux juges quant à la qualification de l’insulte. La définition que j’entends faire adopter, et qui doit être accompagnée d’un travail pédagogique, permettra de reconnaître ces signaux d’antisémitisme.


A.J.: L’adoption de cette définition restera néanmoins « sans valeur contraignante » …

S.M. : Une proposition de résolution représente une affirmation forte et solennelle de l’Assemblée nationale. Le président de la République avait déjà, lors du Dîner du Crif, endossé cette définition. 

 On peut dès lors imaginer que ce texte pourra être une référence plaidée par un avocat, une source d’inspiration pour guider une décision juridique, voire une base pour les manuels scolaires quant à la définition de l’antisémitisme. C’est un acte d’inspiration juridique, qui, nous en sommes convaincus, aura une force beaucoup plus forte. 


A.J.: Vous présidez depuis mars 2018 le Groupe d’étude sur l’antisémitisme de l’Assemblée nationale. Quel constat faites-vous de l’évolution de la situation ?  

S.M. : La situation continue hélas de se dégrader depuis plusieurs années et demeure très tendue. De notre point de vue l’antisémitisme est une haine plus profonde que les autres, plus politique aussi, qu’il nous faut combattre parce qu’elle est non seulement insupportable mais aussi le signe avant-coureur de quelque chose d’autre.

Notre groupe s’était donné deux missions : l’adoption d’une part de cette résolution sur l’antisémitisme et d’autre part, le travail sur les réseaux sociaux. Ma collègue  la députée Laëtitia Avia présentera d’ici les prochaines semaines une loi qui apportera des réponses concrètes à la haine sur Internet. On espère ainsi permettre de baisser la pression et réguler les réseaux sociaux devenus pour certains un véritable défouloir.

Quant à notre prochain axe de travail, il concernera l’enseignement et l’interdiction tacite faite aux enfants de confession juive d’aller dans des écoles publiques où ils risqueraient d’être en danger. Ce sont des situations qui se démultiplient dans beaucoup de villes. Nous refusons de laisser la situation sous le tapis. 


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