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10 Décembre 2019 | 12, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique Israël

Ecologie en Terre Sainte : pour les yeux de Noam

Le jeune Noam ramasse des déchets à Tel Aviv avec son père

La perspective de la semaine par Esther Amar, Fondatrice d’Israël, Science Info, Vice-Présidente de l’Association des journalistes de l’environnement.

Un été, je lézardais sur un transat à Tel Aviv comme d’autres vacanciers de la plage Gordon, quand je fus témoin d’une scène surprenante. Un garçon d’environ 9 ou 10 ans, armé d’un grand sac poubelle, ramassait énergiquement les déchets laissés sur la plage. Un adulte l’aidait et lui donnait des sacs au fur et à mesure. Je lui demandai l’autorisation de filmer (1) et pourquoi il faisait ça. Il me répondit sur un ton triste et déterminé : « Je m’appelle Noam, je suis en vacances avec mes parents ; je ramasse tout ce que je peux trouver avec mon père, on n’a qu’une planète, moi je suis innocent, je ne mérite pas ça ». On lisait du désarroi dans ses yeux et de la révolte face à ce manquement aux gestes élémentaires de respect de l’environnement.

S’il savait Noam, à quel point l’avenir allait lui donner raison. Deux ans plus tard, en ce mois de juin 2019, l’ONG WWF publiait les chiffres de la pollution en Méditerranée. Le choc. Tel-Aviv vient de monter sur la 3e marche du peu reluisant podium du littoral le plus pollué en Méditerranée par les plastiques, la France occupant la première place. 600.000 tonnes de déchets aboutissent en mer Méditerranée chaque année. Les 22 pays de la région génèrent 24 millions de tonnes de déchets plastiques, dont 16% seulement sont recyclés. 

Une bouteille, une boite ou un sac plastique mettent des décennies à se dégrader en micro-plastiques qui empoisonnent la chaîne alimentaire, même l’eau du robinet et l’eau de pluie. Les ressources halieutiques (stocks de poissons) et les écosystèmes sont en danger partout sur la planète. Fin 2018, l’ONU a déclaré que « d’ici 2050, il pourrait y avoir plus de plastiques que de poissons dans les mers et les océans ». Un million d’oiseaux marins meurent chaque année d’avoir ingéré du plastique, son impact sur la biodiversité est sans précédent dans l’histoire de l’Humanité. 

A ces arguments, on me rétorquait récemment lors d’un débat animé durant Chabbat au Beth Habbad de Deauville « qu’Israël a d’autres urgences que lutter contre la pollution : un Iran menaçant, un Hamas agressif, un Hezbollah surarmé, un antisionisme virulent, etc ». Mais peut-on décemment opposer la préservation des ressources à la sécurité aux frontières ? Le classement d’Israël par le WWF est d’autant plus étonnant qu’il est le pays au monde qui recycle le plus ses bouteilles plastiques grâce à une législation favorable.

Alors d’où vient le problème ? Tout d’abord, Israël doit cesser d’encourager la fabrication et la vente massive de plastiques à usage unique, très prisés des familles mais qui sont un désastre écologique, à l’instar de l’Europe qui les a interdits à partir de 2021. D’autre part, il faut éduquer, tant les Israéliens que les touristes, par des campagnes de sensibilisation. Et montrer l’exemple : les parents aux enfants, les communautés à leurs membres, les écoles aux élèves. Les ONG mènent des actions exemplaires mais insuffisantes. 

Il faut remplacer progressivement les sacs, bouteilles, pailles, gobelets… car les alternatives existent. Les emballages biosourcés et compostables de la société israélienne Tipa pourraient être distribués dans tout le pays. Montrant à Adam ce qu’il avait créé, Achem lui avait dit : « Regarde cette beauté, cette nature que J’ai faite mérite d’être préservée et chérie. Si tu gâches tout, personne ne pourra réparer après toi, ce sera détruit pour l’éternité ». Le Midrash (kohelet Rabba 7, 13) compare l’impact de la destruction de la nature sur les générations futures à un bébé qui naît en prison. En matière d’éducation écologique, Israël doit devenir le phare du monde. Pour ne plus jamais voir la tristesse dans les yeux de Noam. 

  1. Sur YouTube, tapez « Le jeune Noam »

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