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16 Octobre 2019 | 17, Tishri 5780 | Mise à jour le 10/10/2019 à 17h12

Rubrique Judaïsme

Chavouot : Du ciel à la terre

(flash90.)

Chacune des trois fêtes de pèlerinage est mise en lien avec un temps de la vie agricole. Au demeurant, l’une des significations profondes de la fête de Chavouot rejoint en tout point la définition halakhique de moissonner.

L’un des actes défendus, durant le Chabbat, est celui de moissonner, c'est-à-dire de détacher un végétal de son espace de croissance. La Torah provenant du ciel, la Torah providentielle, délégation du firmament révélé, permet précisément à l’homme de s’arracher de sa destinée purement terrestre et d’envisager d’autres perspectives, plus élevées, que celles des lois fatalistes de la biologie. Si l’histoire relatée dans le rouleau de Ruth, rappelée à Chavouot, se passe durant la période des moissons, c’est parce qu’ il y est la question des origines du roi David, donc du messianisme. Or, justement, qu’est-ce le messianisme sinon la faculté de s’extraire de la condition humaine ?

Chavouot invite aussi à « s’arracher de soi » pour penser à l’autre. Preuve en est : au chapitre 23 du Lévitique, la Torah expose les lois relatives aux fêtes qui scandent l’année hébraïque. Après le passage consacré à Chavouot, la Torah dit : « Et quand vous ferez la moisson de votre terre, tu laisseras la tienne inachevée au bout de ton champ, et tu ne ramasseras pas les glanes de ta moisson. Abandonne-les aux pauvres et à l’étranger ». Ainsi, l’une des finalités de la célébration de la Torah est d’orienter l’homme vers son semblable qui croule sous le poids des difficultés.

Si donner revient à « détacher », une partie de soi, nous comprenons alors que Chavouot marque le commencement de la période au cours de laquelle les juifs s’acquittaient de l’injonction biblique des « bikourim », les prémices des sept fruits du pays promis, apportés par l’agriculteur au Temple de Jérusalem, puis cédés aux Cohanim (les prêtres).


Le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal est identifié au blé


En outre, la Torah demande aussi, à l’occasion de Chavouot, d’apporter au Temple deux pains de blé fermentés. Chaque pain mesurait sept palmes de longueur (1 palme = entre 8 et 10 cm environ), quatre palmes de largeur et quatre doigts de hauteur. De forme cubique, après le rite du balancement prévu pour eux, ils étaient consommés par les Cohanim. La Guemara de Roch Hachana (16a) explique que la Torah demande à ce que l’on apporte deux pains de blé à Chavouot car c’est à ce moment que le monde est jugé sur les récoltes des arbres fruitiers : « Présentez-Moi deux pains à Chavouot afin que vos fruits soient bénis ». Pour éclairer le lien entre le blé et les fruits de l’arbre, il faut rappeler la tradition midrachique selon laquelle le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal est identifié au blé ; blé qui avec Adam, connut la déchéance. Néanmoins, le texte biblique a conservé, sans son système normatif, la nature intrinsèque du blé, nature destinée à se manifester à nouveau, à l’époque messianique où « le blé se dressera tel un palmier et s’élèvera au sommet des montagnes » (Ketoubot 111b). La présentation de ces deux pains de blé, au Temple, vaut pour reconnaissance de la Toute Puissance divine, source de subsistance. Si l’homme reconnaît que D.ieu peut lui assurer sa pitance, alors il ouvre à la Providence les portes de la révélation ; de cette révélation au Sinaï célébrée à Chavouot, et qui se renouvelle autrement, chaque jour.


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