Default profile photo

23 Septembre 2019 | 23, Elul 5779 | Mise à jour le 23/09/2019 à 15h27

Rubrique Judaïsme

Behaalotekha : Les bannières de l’identité

Illustration de l’offrande pascale (Jollain, 1670)

Le commentaire de la semaine par Jacky Milewski, Rabbin

La sidra de Beha’alotekha décrit le mode de déplacement du campement des enfants d’Israël, dans le désert, et insiste notamment sur la présence des degalim, des drapeaux. Ces drapeaux ou bannières représentent la nature, l’essence, la mission, l’identité de chaque tribu. Leur couleur et la représentation qui y figurent expriment le sens ultime de leur être, la vocation liée à leur destinée. A partir du moment où il échoit à chacun un rôle dans ce monde, chaque individu doit le connaître et se connaître afin de déterminer si sa trajectoire de vie est bien conforme à sa fonction dans l’existence.

Davantage qu’un signe de reconnaissance pour les autres, les bannières du désert s’adressent essentiellement à ceux qui les portent, à ceux qui s’en réclament. D’où l’insistance du verset « chaque homme selon sa bannière… en fonction de la maison de leur père » (Nombres 2, 2) car ce sont les parents qui transmettent la Torah et qui constituent le lien à travers les générations, ce sont eux qui enseignent d’où l’on vient et quelle direction devons-nous prendre. Ce sont les patriarches d’Israël, les pères des douze tribus qui disent ce que nous sommes et comment nous devons y être fidèles (inspiré de haMaor chébaTorah de Rabbi Tsvi Chalom Chapira, parachat Bamidbar).

S’il y a bien quelque chose qui nous échappe et pour laquelle on ne peut rien, c’est bien notre identité. Celle-ci nous colle à la peau ou plus précisément, elle constitue l’ossature même de notre personnalité. Quand on l’assume pratiquement, cette identité, quand on la vit au quotidien, dans toutes les strates de l’existence, alors on travaille pour l’harmonie de notre personnalité, alors on évolue en toute cohérence avec ce que nous sommes et dans la logique des générations. Le juif qui pratique la Torah et les mitsvot, qui observe notre mode de vie spécifique, exprime pleinement son identité et vit en cohésion avec les juifs de toute l’histoire. Mais quand on vit différemment, autrement que ce que notre histoire et notre destinée attendaient de nous, on crée alors un type de schizophrénie, silencieuse la plupart du temps, mais qui reste ô combien parlante pour l’histoire des générations puisqu’elle équivaut à une rupture.


Ce sont les parents qui transmettent la Torah et font le lien à travers les générations


Rupture de soi avec soi, rupture de soi avec son histoire. L’individu qui s’éloigne de la nature spirituelle qui l’habite forme comme une double personnalité puisqu’il est ce qu’il n’est pas, puisqu’il n’est plus ce qu’il est. Il porte une bannière mais il en a effacé la couleur et la représentation qui y figuraient pour une autre couleur et une autre figuration.  

Chaque juif, chaque juive, est appelé(e) à avancer, tenant en main la bannière de la Torah, la bannière de son peuple, non pas tant pour se faire reconnaître des autres mais pour se faire connaître à soi-même, pour se faire reconnaître par soi-même.

Toute reproduction, totale ou partielle, de ce site ou d’un ou de plusieurs de ses composants, par quelque procédé que ce soit, sans autorisation expresse de son créateur, et interdite, (…) une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Powered by Edreams Factory