Default profile photo

14 Décembre 2019 | 16, Kislev 5780 | Mise à jour le 13/12/2019 à 11h26

Rubrique France/Politique

Assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme : vers une résolution aux forceps

L’Assemblée nationale où devrait être adoptée la résolution qui porte sur la définition de l’antisémitisme contemporain.

Alors qu’elle devait être adoptée par l’Assemblée nationale fin mai, la résolution qui porte sur la définition de l’antisémitisme contemporain et qui inclut les attaques antisionistes ne sera pas étudiée avant le mois d’octobre. Un retard qui révèle le manque de consensus, pour ne pas dire de courage politique autour du sujet.

« Barre-toi, sale sioniste de merde ». L’insulte lancée au visage d’Alain Finkielkraut le 16 février dernier lors d’une manifestation des gilets jaunes n’avait dupé personne quant à sa teneur antijuive. Elle exprimait même parfaitement ce nouveau visage de l’antisémitisme, tel que le définit l’IHRA, l’International Holocauste Remembrance Alliance (l’alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste). À savoir : « L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, pouvant s’exprimer par de la haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées contre des individus juifs ou non-juifs et/ou leurs biens, contre les institutions de la communauté juive et contre les institutions religieuses juives ». « L’État d’Israël, perçu comme une collectivité juive, peut aussi être la cible de ces attaques », précise aussi cette définition. 

Pour le député de la majorité Sylvain Maillard, président du groupe d’études de l’Assemblée nationale sur l’antisémitisme, l’agression verbale du philosophe devait sonner la fin de l’impunité de tous ceux qui, depuis plusieurs années, usent de subterfuges lexicaux qui leur permettent de proférer des insultes antijuives. L’élu avait ainsi proposé de reconnaître l’antisionisme comme étant un délit, au même titre que l’antisémitisme. 

Une proposition ô combien souhaitable, mais pourtant rejetée tant par un grand nombre d’élus (sénateurs comme députés) de tous bords que par le chef de l’État lui-même. « Je ne pense pas que pénaliser l’antisionisme soit une bonne solution », avait estimé Emmanuel Macron depuis l’Élysée. Deux jours plus tard, lors du dîner du Crif du 20 février, le Président de la République reconnaissait néanmoins que « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme » et annonçait l’adoption prochaine par la France de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA. Il ne restait donc plus qu’à inscrire l’adoption de cette résolution, non-contraignante à l’agenda parlementaire. Initialement prévue pour le 29 mai, elle fut d’abord reportée pour être finalement supprimée. Elle devrait toutefois être inscrite à l’ordre du jour dès la rentrée. « On me propose une date au début du mois d’octobre, affirme Sylvain Maillard, soit peu après la reprise de la session ordinaire de l’Assemblée nationale ». 

Le recul de l’adoption de cette résolution n’était-il qu’un problème de timing ? Le député François Pupponi n’y croit pas. « Je pense qu’il y a un vrai désaccord au sein de la LREM autour de l’adoption de cette résolution qui est pourtant une résolution a minima, affirme l’ancien maire de Sarcelles. On sent bien qu’il y a un malaise depuis le début avec cette résolution, qu’il y a des tensions et que l’ambiance n’est pas bonne », ajoute aussi celui qui, en 2014, avait fondé le groupe d’études parlementaires sur l’antisémitisme et en assure désormais la vice-présidence. Depuis douze ans qu’il siège à l’Assemblée, François Pupponi constate d’ailleurs un recul du soutien à la cause pro-israélienne. 


« On sent bien qu’il y a un malaise depuis le début avec cette résolution »


Dans les faits, le report de l’adoption de la résolution a permis au lobby pro-palestinien de poursuivre son travail de sape. Des blogs altermondialistes ont jeté en pâture les noms des députés qui s’étaient déclarés favorables à ladite résolution. L’association France-Palestine Solidarité a adressé une pétition à l’ensemble des parlementaires les appelant à se dessaisir d’un texte, qui, prétend-elle, serait « aussi indigent que dangereux   car il peut servir   à faire taire toute critique de la politique israélienne ». Après réception de cette pétition, une dizaine parmi les cent soixante sept députés auraient retiré leur signature de la résolution. C’est dire à quel point les convictions sur la nécessité d’en finir avec les nouvelles formes d’antisémitisme peuvent être perméables aux intoxications.

Pour Sylvain Maillard, pas question toutefois de renoncer au projet de résolution. « Je reste combattif. Je prends mon bâton de pèlerin et j’organise des réunions en interne pour expliquer ce qu’est l’antisionisme. On a le droit de critiquer la politique d’un gouvernement israélien mais sans     remettre en cause l’existence de l’État d’Israël », rappelle-t-il. L’élu refuse aussi de tomber dans l’écueil de l’importation du conflit israélo-palestinien. « Ce n’est pas mon propos. On tente de mettre de la confusion alors que j’explique très clairement les choses », martèle encore le député, convaincu de la nécessité de rester ferme sur les fondamentaux de la résolution. Gilles Le Gendre, qui préside le groupe LREM à l’Assemblée nationale, a pourtant annoncé que la résolution devra être « réécrite », avant d’être examinée dans l’hémicycle, afin de « lever les réserves de certains députés LREM ».

« La pire des choses serait que cette résolution soit votée en cachette » réagit François Pupponi, selon lequel, on « refuse aujourd’hui de légiférer sur la haine d’Israël ». 

La perspective d’une résolution transpartisane et soutenue massivement par les députés, à l’image de la détermination affichée par l’Exécutif à endiguer l’antisémitisme en France est-elle toujours de rigueur ? Rien n’est moins sûr désormais.  La façon dont cette résolution sera votée et les termes de sa mouture définitive détermineront son impact. L’adoption de la définition de l’antisémitisme selon l’IHRA devant fournir un cadre juridique qui permettra d’identifier plus clairement ce qui relève de l’appel à la haine antijuive. 


Toute reproduction, totale ou partielle, de ce site ou d’un ou de plusieurs de ses composants, par quelque procédé que ce soit, sans autorisation expresse de son créateur, et interdite, (…) une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Powered by Edreams Factory