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18 Juillet 2019 | 15, Tammuz 5779 | Mise à jour le 17/07/2019 à 18h17

Rubrique France/Politique

Fraude au Bac 2019 : Beaucoup (trop) de questions en suspens

Une information judiciaire a été ouverte vendredi 5 juillet par le Parquet de Paris à l’encontre de quatre personnes, dont un surveillant du lycée Ozar Hatorah de Créteil suspecté d’être à l’origine de la fuite des sujets de mathématiques du Bac.

Le Bac 2019 a décidément un goût amer avec son inflation de mauvaises nouvelles. Au mouvement de grève des correcteurs se sont ajoutées les copies manquantes, les rattrapages chaotiques, les notes provisoires jugées injustes par les parents qui vont, pour certains, saisir la justice et maintenant la fraude au sujet de laquelle le nom de l’école juive Ozar Hatorah Créteil apparaît. 

Ce climat anxiogène est tout à fait inédit et l’envergure de cette fraude, aussi importante que celle de 2011. Celle-ci concernait aussi les épreuves de mathématiques et en 2018, quatre jeunes avaient été condamnés à trois et quatre mois de prison avec sursis. 

Le 21 juin dernier, des soupçons de fraude avaient conduit le ministère de l’Éducation nationale à porter plainte et à saisir la justice. Les investigations confiées à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) avaient mené les enquêteurs dans des lycées de la région parisienne et à Marseille. D’après nos informations, dans des établissements privés juifs qui étaient, cette année, centres d’examen, pour interroger des élèves. Une vingtaine d’entre eux auraient été placés en garde à vue avant d’être libérés. La BRDP remonte finalement l’origine de la fuite dans « l’un des meilleurs lycée d’Ile-de-France », titre Le Parisien dans son édition du 5 juillet. 

Ce jour-là, révèle le quotidien, un surveillant du lycée Ozar Hatorah Créteil, F., 37 ans, est mis en examen pour abus de confiance et complicité de fraude aux examens. Sa compagne pour complicité de fraude aux examens et recel d’abus de confiance. Deux candidats sont aussi mis en examen pour fraude aux examens et recels d’abus de confiance. Selon son avocat, maître Samuel Habib – contacté à de multiples reprises par Actualité juive, en vain – le surveillant aurait confié l’intitulé d’un sujet de géographie à un élève et quelques jours plus tard, celui de l’épreuve de mathématiques moyennant finances. On parle de 1 600 euros. Un autre mobile est avancé par Me Habib. « Mon client a été pris en tenaille entre la situation d'un établissement privé qui a besoin de résultats et des élèves avec qui il cultive une proximité au quotidien et qu'il peut facilement contacter »,  dit-il au Parisien. 

Des vidéos montrant les sujets de maths des sections ES et S datées de la veille de l’épreuve à 22h30 et le jour même à 7h30 du matin circulent par WhatsApp. Les faits étaient, semble-t-il, connus dans nombre de centres d’examens de Paris et Marseille. 

Naturellement bien que l’article du Parisien ne dise pas qu’Ozar Hatorah est un lycée juif, son nom parle pour lui. Et le torrent antisémite déferle tout le week-end sur Twitter.  « Un lycée de la communauté protégée, ça fera pschitt ne vous inquiétez pas… », estime Tsulamine. « Ils ont le totem de l’immunité, ce sera classé sans suite sinon attention au chantage à l’antisémitisme », ajoute un autre. 


La direction d’Ozar Hatorah n’écarte pas la possibilité de se porter partie civile


Entendu par les enquêteurs, le directeur d’Ozar Hatorah Créteil Michael Haddad ressort libre. La procédure de sécurité du maintien des sujets au coffre de l’établissement a été validée par la Police, ce que confirme le groupe Ozar Hatorah dans un communiqué. « Nous coopérons activement avec les autorités compétentes afin que les responsabilités soient clairement établies », dit la direction qui en profite au passage pour « affirmer qu’aucune pression n’a jamais été exercée sur qui que ce soit ». A Actualité juive, Lionel Dufresne, le directeur général du réseau Ozar Hatorah, assure que son établissement  « n’a rien à voir avec ces agissements que nous condamnons au plus haut point. C’est une déflagration. Contrairement à ce qui a été dit dans la presse, Ozar Hatorah est loin d’être une école élitiste. Bien au contraire, notre principe est d’accompagner tous nos élèves pour leur permettre de progresser. On espère que toute la lumière sera faite. Nous avons diligenté une enquête interne et pour l’instant, nous ne voyons pas les failles ». 

Et il va plus loin. « Notre conviction est que l’accès aux sujets ne s’est pas fait à l’intérieur de l’établissement. Le paquet de sujets reste hermétique et sous scellés jusqu’à la présentation à l’épreuve ». Hermétique, oui et non car de source sûre, il peut arriver que dans certains lycées centres d’examen, les sujets soient gardés non pas dans des coffres mais dans des armoires qui ferment simplement à clé... Ceci étant, et d’après ce que nous savons, les caméras n’auraient pas révélé de traces d’effraction, ce qui explique vraisemblablement la remise en liberté du directeur Michaël Haddad. 

Non sans humour, Lionel Dufresne indique, par ailleurs, que beaucoup d’élèves d’Ozar Hatorah Créteil ont été repêchés au rattrapage et que leurs notes obtenues dans les matières concernées par les fuites ne témoignent pas vraiment qu’ils aient pu avoir accès aux sujets... Mardi soir, le responsable n’écartait pas la possibilité de se porter partie civile pour avoir accès au dossier. 

Pour le moment, la direction de l’établissement n’est pas inquiétée par les enquêteurs mais on le sait, il y a dans l’organisation d’un lycée plusieurs niveaux de hiérarchie. Des échelons intermédiaires peuvent-ils être concernés et le cas échéant, où et comment le surveillant a-t-il eu en main les sujets ? Mercredi 10 juillet, Michael Haddad devait être entendu par le bureau de l’Association des directeurs d’écoles juives de France (ADEJF). A Actualité Juive, son président Elihaou Belhassen, affirme que cette affaire est « extrêmement perturbante pour l’ensemble de la communauté juive et notamment pour la communauté éducative. Nous avons demandé à Michael Haddad de se présenter devant notre bureau qui, de longue date, devait se réunir ce jour-là. Nous déciderons de façon collégiale des suites à donner ». La suite, la semaine prochaine. 


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