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24 Août 2019 | 23, Av 5779 | Mise à jour le 08/08/2019 à 12h19

Rubrique France/Politique

Meyer Habib : « J’accuse le gouvernement d’une certaine complaisance à l’égard de l’antisionisme »

(Twitter)

La résolution contre l’antisémitisme a été reportée. Nous avons demandé à Meyer Habib, député des Français établis hors de France, de nous livrer son point de vue sur ce dossier.

Actualité Juive: Pouvez-vous nous décrire la situation à l’Assemblée nationale au moment du report de la résolution contre l’antisémitisme ?

Meyer Habib : Il faut resituer le contexte. En février 2019, le gouvernement publie les statistiques du ministère de l’Intérieur : + 74% d’actes antisémites en 2018. Au même moment, en pleine crise des Gilets jaunes, on voit en quelques jours une multiplication des actes antisémites, dont l’agression d’Alain Finkielkraut.

Dans l’émotion, on croit à une prise de conscience face à ce nouvel antisémitisme, qui prospère sur fond d’islamisme, de détestation d’Israël et de théories du complot. Depuis des années, je ne cesse de me battre pour que la France ouvre enfin les yeux sur ce mal qui la gangrène. Le 19 février, à l’Assemblée, j’exhorte le gouvernement à déclarer l’antisionisme hors la loi. Refus du Secrétaire d’Etat Laurent Nuñez qui n’y voit qu’une critique de la politique d’Israël.

Le lendemain, au dîner du CRIF, le Président de la République contredit son ministre et répète que « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme » (après l’avoir déjà proclamé en 2017). Et il annonce la mise en œuvre prochaine de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah (IHRA), qui inclut la contestation du droit d’Israël d’exister.

Nous voulions une loi, nous n’avons eu qu’une résolution « approuvant » la définition de l’IHRA. C’est mieux que rien. Mes propositions pour renforcer le texte sont restées sans réponse pendant deux mois. Et lorsque le texte est enfin déposé, son inscription à l’ordre du jour est déprogrammée…

 

A.J.: Comment expliquez-vous ce report qui doit s’accompagner d’une réécriture ? En quoi est-ce inquiétant ?

M.H. : C’est simple : certains députés LREM – et pas des moindres – refusent de condamner l’antisionisme, quand ils ne flirtent pas avec. Peut-être aussi était-ce un clin d’œil à l’électorat arabo-musulman à l’approche des européennes ? Je rappelle à cet égard que la liste « Renaissance » a fait élire au Parlement européen le très antisioniste Pascal Durand. En tout cas, la haine d’Israël est si forte que même une simple résolution – texte non contraignant ! – qui aurait dû faire l’unanimité, c’est encore trop ! Le président du groupe LREM à l’Assemblée Gilles Le Gendre a cédé et je crains que la résolution soit réécrite pour l’édulcorer totalement.

Morale de l’histoire : passée l’émotion et les effets d’annonce, la lutte contre l’antisémitisme, et son nouveau visage, l’antisionisme, n’est pas une priorité pour le gouvernement et sa majorité. Beaucoup de mots mais les actes ne suivent pas. La preuve ! 

Pire, une grande partie de la majorité LREM-Modem nourrit, comme la gauche et l’extrême-gauche, une réelle hostilité à l’égard d’Israël. Je le vois constamment en commission des affaires étrangères, où j’ai encore eu le 5 juin un clash très dur, vu près de 100 000 fois sur les réseaux sociaux.

Dans le cadre des débats sur la loi Avia, j’ai demandé un scrutin public sur mon amendement condamnant la haine d’Israël. Une fracture très nette est apparue : LREM-Modem avec PS et extrême-gauche ont voté contre ; en revanche, tous les députés de droite présents (UDI, LR, « libertés et territoires » ou RN) ont voté pour sans exception. Seuls 2 députés de la majorité sur 350 (et 58 présents) ont soutenu mon amendement, à comparer avec 3 RN... Pour mon amendement anti-BDS, le vote a eu la même configuration. Ça fait réfléchir.


A.J.: Comment expliquez-vous cette difficulté à passer des « mots » aux actes ?

M.H. : Il y a d’abord cette hostilité viscérale de la gauche, y compris beaucoup de LREM, à l’égard d’Israël, la même qu’on retrouve dans la diplomatie du Quai d’Orsay. Comment, dès lors, mener une politique crédible contre l'antisémitisme ?

Ensuite, il y a un aspect électoraliste en vue des municipales. La haine d’Israël paie, notamment auprès de l’électorat arabo-musulman. L’islamo-gauchisme c’est précisément cette alliance dans les « quartiers » entre gauche antisioniste, islamistes et caïds de cités.

Enfin, il y a un manque total de courage politique. Je l’ai dit en séance au sujet du BDS. Alors qu’appeler au boycott d’Israël est totalement illégal, la campagne de haine continue de sévir semaine après semaine dans l’indifférence des autorités. Au contraire, en Allemagne, le Bundestag vient d’adopter à une écrasante majorité une résolution assimilant boycott d’Israël et antisémitisme.

J’accuse le gouvernement d’une certaine complaisance à l’égard de l’antisionisme. C’est grave. Douze Français ont été assassinés parce que juifs ces dernières années. A Toulouse, à l’Hypercasher, les tueurs ont revendiqué leurs actes par haine d’Israël… Faudra-t-il encore des morts pour qu’on comprenne que l’antisionisme n’est pas une opinion mais un délit ? Je suis inquiet pour les Français juifs mais surtout très inquiet pour la France. 

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