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10 Décembre 2019 | 12, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique Israël

Hassen Chalghoumi : « La cause d’Israël en proie à tant de menaces et de difficultés mérite d’être défendue »

En compagnie du président de l’Etat d’Israël Reouven Rivlin (Twitter)

Une image peu banale. Celle d'un imam, en l'occurrence Hassen Chalghoumi, porte-parole d'un Islam éclairé, accueilli la semaine dernière, sur le toit du ministère israélien de la Défense par de hauts gradés de Tsahal. Accompagné de 37 jeunes et responsables associatifs musulmans français et belges qu'il a conduits en Israël. Objectif de ce voyage : lutter contre les préjugés.

Actualité juive: Pourquoi cette initiative ?

Hassen Chalghoumi : Pour lutter contre la haine d'Israël. En 2012, j'ai mené 20 imams en Israël. Mais l'écho n'avait pas été assez fort. En constatant que les terroristes qui perpètrent les attentats islamistes avaient moins de 30 ans, j'ai compris qu'il fallait travailler avec la jeunesse. Avec la certitude qu'en lui donnant l'occasion de découvrir la société israélienne on pouvait briser les préjugés.  


A.J.: Concrètement ?

H.C. : Après le Bataclan, j'ai formé un noyau de jeunes avec lesquels je travaille. Pendant près de 4 ans j'ai testé leur sincérité et leur courage. Quand je leur ai proposé ce voyage en Israël et de devenir des médiateurs dans leur communauté tous ont été partants. J'appelle les responsables communautaires éclairés juifs et musulmans à créer aussi des noyaux de jeunes qui sauront porter la voix de la tolérance dans leur entourage.


A.J.: Les participants avaient-ils des préjugés ?

H.C. : Enormément. Certains pensaient que la Mosquée Al-Aqsa était fermée. Que les musulmans n'avaient pas accès aux lieux de prière. Quel ne fut pas l'étonnement d'une des participantes qui, à Jaffa, entend l'appel du Muezzin. Elle pensait que c'était impossible et s'est empressée de publier en ligne la scène. Une autre qui militait au BDS a fait amende honorable après avoir visité une usine en Samarie où juifs et Palestiniens travaillent ensemble. 


A.J.: Ont-ils compris que le conflit israélo-palestinien n'était pas d'ordre religieux mais politique et qu'il était donc inapproprié, et incitateur, de l'importer dans leur communauté ? 

H.C. : C'était un angle essentiel du voyage. Grâce aux explications des gradés de Tsahal ils ont compris les tenants et aboutissants du conflit, et à quel point le Hamas était une réelle menace. 


A.J.: Mission accomplie ?

H.C. : Tout à fait. A partir de septembre, ces jeunes vont faire un tour des quartiers en France et en Europe pour témoigner de ce qu'ils ont vu en Israël. Surtout de la diversité.

 

A.J.: Qu'est-ce qui a motivé votre engagement ?

H.C. : Cela vient de mon enfance en Tunisie. Mes parents m'ont éduqué à l'amour d'autrui, quelles que soient sa religion ou sa race, et dans le vivre ensemble.


A.J.: Donc la base c'est l'éducation ?

H.C. : Oui, la première école c'est la maison. Les parents doivent être vigilants, réagir quand leurs enfants profèrent des propos antisémites et de haine. Le sale juif malheureusement se banalise.


A.J.: Pourtant, comme dans le cas de Mohammed Merah, les enfants avaient été élevés dans l'antisémitisme ?

H.C. : Il faut faire un travail sur les familles surtout dans les banlieues avec l'aide de bénévoles et des responsables politiques locaux qui doivent donner les moyens aux musulmans de parler aux musulmans. 


A.J.: Depuis votre retour, vous êtes menacé de mort.

H.C. : C'est un tsunami de haine. J'ai porté plainte. Des reportages très négatifs sur ce voyage ont été diffusés, entre autres, par Al Jazzera et la presse du Hamas. La preuve que ce voyage a brisé un tabou et que les islamistes ont peur que la jeunesse se réveille. 


A.J.: Pourquoi les musulmans en Europe ne se désolidarisent-ils pas visiblement des terroristes islamistes ?

H.C. : Malheureusement ce n'est pas dans leur culture de sortir et de s'exprimer. Les choses ont un peu changé comme on a pu le voir avec les printemps arabes. 

   Cependant dans le leadership arabe, surtout du Golfe, les choses changent. Des responsables israéliens sont accueillis à Oman, à Abu Dhabi et au Bahreïn. 


A.J.: Qui s'oppose à l'Islam éclairé que vous prônez ?

H.C. : Les islamistes comme les frères musulmans qui se nourrissent de la cause palestinienne. C'est leur fond de commerce. Si nous le brisons comment récolteraient-ils de l'argent du Qatar ou de la Turquie ?


A.J.: Estimez-vous que les autorités luttent efficacement contre l'islam radical ?

H.C. : Non, il faut en faire davantage. Il faut une réelle volonté politique, bien qu'il y ait un sursaut. Et se donner les moyens. Fermer les sites d'incitation à la haine. Les lieux d'endoctrinement. Il faut aussi s'opposer contre les partis d'extrême gauche et d'extrême droite qui   banalisent une certaine forme d'antisémitisme se rendant parfois complices des islamistes.


A.J.: Vous arrive-t-il d'avoir peur ?

H.C. : En me levant le matin je ne suis pas sûr de terminer la journée. Mais la peur ne m'empêchera pas de continuer mon combat. Je fais ce que ma conscience et ma foi me dictent. La cause d'Israël, en proie à tant de menaces et de difficultés, mérite d'être défendue. 


A.J.: Etes-vous optimiste ?

H.C. : Les nazis n'étaient pas nombreux mais la majorité était indifférente. Les fanatiques aussi ne sont pas nombreux. Il faut que la majorité silencieuse se fasse entendre. Et ça commence. Je crois que 2% de bonne volonté peuvent prévaloir sur 98% de haineux.

Il faut toujours rester optimiste, il en va du monde que nous voulons laisser à nos enfants. 


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