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18 Juillet 2019 | 15, Tammuz 5779 | Mise à jour le 17/07/2019 à 18h17

Rubrique Israël

La scandaleuse affaire du « Tombeau de la Reine juive »

(DR)

C’est le début d’une affaire qui aura sans doute des répercussions sur les relations franco-israéliennes. Une action en justice contre le gouvernement français vient en effet d’être engagée par Me Gilles-William Goldnadel au nom du Hekdesh, organe chargé en Israël de la préservation des biens religieux juifs, qui reçut en 1874 du grand rabbin de France le « Tombeau des Rois », un site historique de Terre Sainte considéré depuis 1886 par la France comme lui appartenant. Voici l’histoire de cette saga à la fois passionnante et révoltante.

Décrit par Flavius Josèphe comme une des 7 merveilles du monde, le Tombeau des Rois est un mausolée gigantesque situé dans la partie Est de Jérusalem et date du second Temple. Il comprend une cour immense, un escalier monumental, un Mikvé et des salles souterraines renfermant 31 tombes sur lesquelles les juifs sont venus prier pendant des siècles pour leur « Parnassa », leur gagne- pain. Des bienfaiteurs célèbres comme Kalba Savoua, le beau-père de Rabbi Akiba, ou encore Nakdimon Ben Gourion, y sont en effet enterrés. 

Tout change en 1851 quand l’archéologue français Félicien de Saulcy visite l’endroit. Il est si impressionné que pour lui, ces tombes ne peuvent être que celles de David, Salomon et leurs descendants les rois d’Israël. Il le baptise donc à tort « Tombeau des Rois». Mais en 1863, il entreprend des fouilles autorisées par le pouvoir ottoman, et découvre la chambre secrète où repose depuis 1800 ans avec une inscription hébraïque le sarcophage de la reine Hélène d'Adiabène, dont le royaume se situait en Mésopotamie, l’actuel Kurdistan. Le « Tombeau des Rois » est en fait le Tombeau de la Reine…

Convertie au judaïsme et venue s’installer en Terre Sainte, « Héléni Hamalka » est souvent citée dans le Talmud pour sa générosité envers le Temple et son soutien au peuple juif : elle avait offert au Beit Hamikdach un chandelier d’or qui reflétait si bien la lumière que l’esplanade du Temple en était éclairée au moment du coucher du soleil. Les lampes qu’on trouve à l’entrée des synagogues en seraient encore un rappel. Elle donnait à manger aux nécessiteux, et on raconte même qu’une fois elle aurait sauvé de la famine les habitants de Jérusalem en envoyant des navires à Alexandrie et à Chypre pour chercher de la nourriture.


Décrit par Flavius Josèphe comme une des 7 merveilles du monde


Ces fouilles inquiètent toutefois le grand-rabbin de Jérusalem Shmuel Salant, qui demande au grand-rabbin de France Lazare Isidor d’exiger du gouvernement français la fin des profanations. Alors, comme il l’écrit lui-même, Félicien de Saulcy joue « un mauvais tour aux juifs » et, après avoir soudoyé le pacha, embarque discrètement le sarcophage de la reine et les ossements qu’il dépose au Louvre où ils se trouvent toujours. Spoliation longtemps niée par le Louvre, mais désormais prouvée grâce à un fascicule daté de 1876 retrouvé par hasard il y a peu, qui répertorie et décrit l’inventaire de la « Salle judaïque du Louvre ». 

Lazare Isidor parvient à convaincre  une richissime philanthrope, Berthe Amélie Bertrand, de faire l'acquisition du site car, bien que convertie à l’âge d’un an au catholicisme par sa mère pour « la protéger de l’antisémitisme », cette cousine des Pereire se sent toujours juive. Or un juif, femme de surcroît, ne peut acheter un terrain appartenant à l'Empire ottoman. Elle fait donc appel au Consul de France à Jérusalem Salvatore Patrimonio, qui pour 30 000 francs lui achète en prête-nom la parcelle, dont elle fait officiellement don au Consistoire. Elle  précise ainsi dans une lettre du 23 avril 1874 : « J'appartiens par mon père Ovadia Lévy et par ma mère Noémie Rodriguez Henriquez à des familles israélites. C'est en souvenir de mes ancêtres que je veux préserver de toute profanation le tombeau des Rois d'Israël ».

Le grand rabbin Isidor ajoute sur le document « avoir la certitude que les terrains acquis resteront à jamais propriété israélite préservée de toute profanation comme de toute aliénation », puis il confie le site au Hekdesh. L’acte est certifié conforme à Saint-Germain-en-Laye le 23 avril 1874 et, afin que les autorités françaises soient parfaitement informées de cette acquisition, copie est envoyée au Consulat de France de cet acte « qui se trouve dans les archives du ministère des Affaires étrangères », nous confie Me Gilles-William Goldnadel. Mais en 1886, coup de théâtre : Henri Pereire, cousin de Mme Bertrand, « offre » à la France qui l’administre depuis, ce site dont il n’est pas propriétaire, exigeant malgré tout que « le gouvernement français s’engage à n’effectuer dans l’avenir aucun changement dans la destination actuelle de ce monument ».


Spoliation niée par le Louvre et prouvée dans ce fascicule de 1876

 

Jusqu'en 1948 le « Tombeau des Rois » reste accessible au public.  Entre 1948 et 1967, la partie orientale de Jérusalem tombe entre les mains des Jordaniens, et les juifs ne pourront revenir y prier qu’à partir de 1967. Un nouveau scandale éclate en 1997, lorsque le Consul de France Stanislas de Laboulaye accepte que le groupe palestinien Yabous organise  dans les lieux « avec le parrainage du Consulat » un festival de musique arabe. Protestation du Consistoire central, représenté depuis une quinzaine d’années par Haïm Berkovits dans ce litige : où est donc le respect de la contrepartie à cette donation elle-même contestée ? Du coup, le Quai d’Orsay ferme le site pendant près de 12 ans « pour restauration », affirmant vouloir assurer son étanchéité, sa sécurité et sa résistance aux tremblements de terre. Le montant des travaux serait d’un million d’euros.

Le 27 juin dernier enfin réouverture du site, durant quelques heures seulement hélas, car vite interrompue « pour cause d’échauffourées » : le Consulat n’a prévu que 2 créneaux de 45 minutes, uniquement 2 jours par semaine, et pour des groupes de 15 personnes ayant réservé leurs billets payants (10 shekel) uniquement sur Internet. Aux concerts arabes, ils étaient pourtant des centaines… Une fois encore, le Quai d’Orsay se refuse contre toute évidence à reconnaître le caractère juif de ce site et de Jérusalem. Affaire à suivre... et à gagner. 


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