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14 Décembre 2019 | 16, Kislev 5780 | Mise à jour le 13/12/2019 à 11h26

Rubrique Judaïsme

La place publique ou le ghetto : le résultat est identique !

(Wikipedia)

Le Commentaire de la Semaine par Par Jacky Milewski, Rabbin.

Moché demande l’autorisation au roi d’Edom de traverser son territoire pour parvenir aux frontières de la terre promise : « Nous emprunterons le chemin royal sans nous tourner ni vers la droite ni vers la gauche » (Nb 20 17). Avant d’avoir formulé cette demande, Moché avait rappelé les tribulations que les enfants d’Israël subirent en Egypte, les souffrances qu’ils ont endurées. Mais le roi d’Edom refuse. Les enfants d’Israël lui font parvenir alors une autre missive ; « nous monterons sur le sentier » (20, 19). Mais là encore, le roi présente une fin de non-recevoir.

Dans le premier message, Moché s’engage à ce que le peuple emprunte la voie royale alors que dans le second message, les enfants d’Israël parlent de « messila », sentier. Comment expliquer cette variante ?

 Le Rav Hirsch écrit : deux chemins conduisent en terre d’Israël et traversent le territoire d’Edom : la voie royale, la voie publique. De part et d’autre de cette route, des champs et des vergers. Quand le roi refuse aux Hébreux le droit d’emprunter cette route, ils proposent alors de passer par un chemin plus rude, plus dur, de passer par les sentiers escarpés des montagnes. Le Rav Hirsch prouve à partir de nombreux versets que le terme « messila » désigne un chemin montagneux. Autrement dit, les Hébreux proposent d’emprunter un chemin plus discret, loin de tout, « personne ne nous remarquera ! ». Mais le roi d’Edom refuse.

   Edom et ses représentants à travers l’histoire ne supportent pas que les juifs évoluent sur les voies publiques ni sur les chemins rocailleux des régions reculées. Quand les juifs s’affichent dans la vie de la cité, manifestent leur judéité, habitent la société sans se renier, on les accuse de tentative de conquête, de mainmise. Quand les juifs vivent en ghetto, à l’écart, dans des petits villages éloignés, haut perchés et inaccessibles, on les accuse d’être des parasites et des égocentriques, de ne pas apporter leur contribution à l’espace public. Edom refuse à Israël de traverser son territoire quelle que soit l’attitude adoptée par les juifs.

Ceci est en lien avec la problématique du rappel de la souffrance d’Israël dont il est question dans le premier message adressé par Moché au roi d’Edom. Peut-être qu’en rappelant les malheurs qui ont frappé Israël, Moché pensait susciter un sentiment de pitié, de compassion, au moins de compréhension ; un peu comme à notre époque où les juifs s’imaginaient que rappeler la mémoire de la Shoah constituerait un vaccin contre l’antisémitisme. Malheureusement, Edom ne semble pas sensible à la souffrance d’Israël. « Je suis juif, parce qu’en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure » écrivait Edmond Fleg dans « Pourquoi je suis juif ? » (p. 100). On peut mesurer l’amplitude de la réaction face à la souffrance d’autrui. En tout cas, Edom refuse de laisser les enfants d’Israël traverser son territoire. Israël tracera sa route ailleurs, dans ce qu’il a de singulier, dans ce qui compose sa destinée, la Torah et les mitsvot.


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