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14 Décembre 2019 | 16, Kislev 5780 | Mise à jour le 13/12/2019 à 11h26

Rubrique Judaïsme

Pin'has : De l’esprit de l’ivresse

Le Commentaire de la Semaine Par Jacky Milewski, Rabbin.

Notre sidra expose l’obligation d’offrir, une fois le matin et une fois, l’après-midi, un agneau, chaque jour de l’année. C’est le korban tamid. Concernant l’agneau de l’après-midi, la Torah précise qu’il doit être accompagné d’une libation de vin, boisson alcoolisée (Nb 28,7). A priori, le vin doit être alcoolisé. A posteriori, si on a apporté du jus de raisin, on est quitte mais à condition toutefois que ce jus ait détenu le potentiel d’être alcoolisé (Baba Batra 97b et Rachbam). La Guemara (Yoma 34a) rapporte la position des Sages selon laquelle on déduit l’obligation de libations de vin du korban tamid du matin à partir du korban tamid de l’après-midi.

Le korban tamid représente le peuple juif qui s’approche de Hachem. Cette approche nécessite un esprit d’ivresse, non l’ivresse elle-même mais son esprit. Ainsi, la Torah interdit formellement à un Kohen qui a bu du vin ou de l’alcool, ne serait-ce qu’à la mesure de 8,6 cl, d’entrer dans la tente d’assignation ou d’approcher de l’autel (cf. Lev 10, 9). Qu’est-ce donc que l’esprit de l’ivresse ?

Un verset des Proverbes (23, 11) énonce : « Quand un homme jette son œil sur le verre, il se met en marche droit ». La Guemara (Yoma 74b) explique : « A l’homme ivre, le monde apparaît comme une plaine », le monde lui semble droit. La preuve, c’est qu’il trébuche sans cesse ; il ne voit pas les crevasses ou les monticules, les obstacles. L’homme ivre porte un autre regard sur le monde que le regard consensuel et habituel, il perçoit les choses sous un autre angle que celui habituellement perçu. L’esprit de l’ivresse, c’est donc porter un autre regard sur le monde que le regard ordinaire, simple, superficiel. Ce regard différent est nécessaire quand on aspire à s’approcher du Créateur. Ce regard nous invite à ne pas considérer ce que l’on voit ou perçoit comme des réalités intangibles et à ne pas assimiler ce que l’on ne voit pas à l’inexistant. D.ieu, on ne Le voit pas, on ne peut pas Le voir ; et pourtant, Il constitue la base primordiale de l’être du peuple juif.


Le monde lui semble droit

L’agneau de l’après-midi se situe à un moment où le soleil a commencé sa course descendante. Bientôt, il fera nuit et on ne verra plus rien. On ne voit rien et pourtant, l’on sait que ce que l’on ne voit pas nous entoure. Du coup, on accepte l’idée portée par l’esprit de l’ivresse, donc l’idée de ne pas se fier uniquement au regard que l’on a sur les choses car au moment de la nuit, on sait que ce regard est trompeur. Cet état d’esprit est appelé à se déployer pour le temps du matin où la lumière surgit, où la clarté grandit, où la vision se précise. On y voit des choses, des gens, des événements. Mais de la même façon que l’on ne se fie pas au regard durant la nuit, on ne s’y fie pas aussi le jour. Ce que l’on perçoit dans ce monde n’est pas l’étape finale. Malgré les apparences et les corps sans vie, l’histoire se poursuit ailleurs. C’est pourquoi on apprend l’obligation des libations de vin du matin à partir de celle de l’après-midi.


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