Default profile photo

14 Décembre 2019 | 16, Kislev 5780 | Mise à jour le 13/12/2019 à 11h26

Rubrique Judaïsme

La sagesse et l’espoir, selon Catherine Challier

Franklin Rausky (DR)

Les perspectives de la semaine par Franklin Rausky, Doyen de l’Institut Elie Wiesel.

« La transformation de l’âme, sa félicité et sa sagesse sont bien une seule et même chose. Cela requiert seulement - mais c’est insurmontable le plus souvent - de savoir tourner son regard dans la bonne direction, ce qui va de pair avec une nouvelle façon de penser et de se conduire ». 

C’est avec ces pensées à la fois élégantes et profondes que Catherine Challier, professeure de philosophie à l’Université de Paris-Ouest Nanterre, met en lumière le désir de conversion, ce que certains auteurs grecs appellent la « metanoïa » et que la tradition d’Israël exprime par le mot « techouva » : retournement du faux soi vers une source qui appelle l’homme à la vie créatrice, apportant un réel espoir, une ouverture aux chemins pluriels pour parvenir à la réalisation de l’être ou, selon la belle formule de l’auteure, « savoir tourner son regard dans la bonne  direction ».

Philosophe, spécialiste de l’héritage spirituel d’Israël, Catherine Challier s’inscrit dans le sillage d’un courant  qui marque profondément notre temps : l’école de pensée juive d’expression française, où s’expriment des maîtres remarquables comme Jacob Gordin, André Neher, Eliane Amado Levi-Valensi, André Chouraqui, Léon Askenazi, André Amar et, last but not least, Emmanuel Levinas, auquel Challier consacre quatre remarquables ouvrages où elle explore différents visages du très complexe tableau philosophique levinassien : les figures du féminin, la vision utopique de l’humanité, le lien entre la morale et le savoir, la question de l’infini.

A travers ces  grandes figures de la pensée juive française, renaît le pôle méconnu et scotomisé de l’esprit        européen : le judaïsme face à l’hellénisme, Jérusalem face à Athènes, Moïse face à Socrate…

Auteure d’une féconde oeuvre associant avec un mélange de bonheur et de rigueur la philosophie classique et moderne, la Bible, le Talmud, la cabale, les commentaires rabbiniques, le hassidisme, la pensée juive contemporaine, elle a écrit des livres originaux et sensibles sur la mémoire et le pardon, la sagesse des sens, le regard et l’écoute, la fraternité, la patience, le mystère du féminin, le mal et le malheur, les liens entre judaïsme et christianisme, la prophétie, les figures angéliques, la nuit et le jour…

Catherine Challier ne s’intéresse pas seulement aux « philosophes de métier », à Kant, Maïmonide, Spinoza, Rosenzweig. Elle est aussi à l’écoute d’autres voix, souvent  ignorées et oubliées dans la tourmente de l’histoire, comme celle du rabbin Kalonymus Shapiro (1889-1943), mort en martyr au ghetto de Varsovie, un maître exemplaire qui enseignait que les pleurs de la souffrance qui nous accable, de la négativité qui nous paralyse, peuvent se transformer en source positive de force et de courage dans les épreuves : une éthique de l’héroïsme spirituel face à la barbarie et à la cruauté des persécutions.

La production littéraire de Catherine Challier est un voyage à travers une richissime constellation d’interrogations sur un arc-en-ciel de problématiques où une plume sensible et lucide traduit en écriture, les inquiétudes et les incertitudes de notre temps.

Elle donnera la leçon inaugurale de l’année académique 2019/2020 de l’Institut Universitaire Elie Wiesel sur le thème de « L’Espoir » lundi 25 novembre 2019 à 19h30 au 119 rue La Fayette, Paris Xe. 

Powered by Edreams Factory