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15 Novembre 2019 | 17, Heshvan 5780 | Mise à jour le 13/11/2019 à 17h43

Rubrique Communauté

La disparition de Dimitri Panzer

Dimitri Panzer et son fils Nicolas dans la boutique de la rue des Rosiers.

René-Claude Panzer, plus connu sous le nom de Dimitri Panzer, fondateur de l’enseigne de la rue des Rosiers, s’est éteint à Jérusalem dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 août, à l’âge de 77 ans.

Il avait le cuir épais et sans doute pour cela se contentait-il de peu pour être heureux. Sa boutique du 26 rue des Rosiers ouverte en 1978 faisait remplie au-dessus de cinq personnes, créant une atmosphère amicale et généreuse et cette proximité donnait sa réputation à l’enseigne. 

Dimitri Panzer s’était spécialisé dans la charcuterie casher d’Europe de l’Est et on avait l’embarras du choix sur ses étals : pickels, harengs gras, saucissons, choucroute, cornichons au sel. La clientèle lui était fidèle, venant chercher chez lui de quoi s’achalander mais aussi des conseils. « Mon père aimait beaucoup parler aux clients et renseigner sur les produits. Il expliquait les recettes avec pédagogie et gourmandise, c’était un vrai curieux. Il disait : Ça, vous allez voir, ça aura un goût magnifique ! », se souvient sa fille, Sandrine Amsellem. 

« Les clients venaient aussi parce qu’ils étaient reconnus : mon père avait une grande mémoire des visages et des noms. Il y avait dans la boutique une ambiance familiale et avec les voisins commerçants aussi, ça passait derrière le comptoir », ajoute son fils, Nicolas Panzer, qui dirige aujourd’hui la boutique ouverte au 36 avenue Paul Doumer dans le XVIe après la vente de la rue des Rosiers en 2014. 

S’il était triste de fermer ? Oui et non. « La rue était devenue piétonne et impraticable, on ne faisait plus ses courses comme avant. Mon père était nostalgique car il ne retrouvait plus l’esprit du shtetl à l’ancienne qu’il avait connu mais le flux dans la boutique ne désemplissait pas et ça le rassurait beaucoup. Ceci dit, il voyait bien que le quartier se transformait et à un moment donné, il a passé la main », poursuit sa fille.  

Rapidement pourtant, après son Alyah, il reprend du service et ouvre un Panzer à Netanya. « Il est resté deux ans à la retraite mais il s’ennuyait. Comme il avait commencé à travailler très jeune, il ne savait pas rester inactif, son cerveau travaillait toujours et il a recréé l’ambiance là-bas avec une partie de sa clientèle qui avait fait son Alyah », explique Nicolas. Lui aussi s’efforce de garder la mémoire de l’entreprise familiale. « Je continue ce qu’il a commencé et je fais tout pour être à la hauteur. Ce qui me fait plaisir, ce sont les clients qui me parlent de lui. Il est là au quotidien, il l’a toujours été et il le sera toujours ». 

L’attachement à la tradition et aux valeurs familiales de Dimitri Panzer avait nourri en lui une passion pour la généalogie (« Il cherchait les Panzer partout dans le monde ! ») et remonte sans doute à son enfance où les liens auraient pu être rompus si un curé n’avait pas recueilli ses parents et ses deux frères dans le Tarn en 1942. Dimitri Panzer est né le 3 juin 1942 dans le grenier du curé, reconnu depuis Justes parmi les Nations. De cette période, il parlait peu mais elle était présente et il avait réussi ces dernières années à travailler avec l’usine de charcuterie du Tarn appartenant… aux enfants du curé. 

« Mon père est parvenu à créer une production intégralement casher dans cette usine, avec ses recettes de charcuterie. Cela a été une magnifique opportunité pour renforcer encore plus les liens avec cette famille sans qui nous ne serions pas là », raconte sa fille. Elle et son frère ont toujours une relation très forte avec cette famille. Et l’histoire continue. 


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