Default profile photo

14 Novembre 2019 | 16, Heshvan 5780 | Mise à jour le 13/11/2019 à 17h43

Rubrique Judaïsme

Parachat Réé : N’abandonne pas ton âme !

Le rabbin Jacky Milewski

Le Commentaire de la Semaine par le rabbin Jacky Milewski

A la fin du passage relatif à la seconde dîme, la Torah dit : « Garde - toi d’abandonner le lévi, tous tes jours, sur ta terre » (Devarim 12, 19). Le lévi n’a pas de parcelle ou de territoire au pays d’Israël (Devarim 12, 12). La tribu des léviim constitue ainsi une catégorie de la population vulnérable et fragile du point de vue économique et sociale. Dans le pays d’Israël, il y a une interdiction spécifique d’abandonner le lévi à son sort. En diaspora, Rachi écrit qu’on a envers lui les mêmes obligations que l’on a vis-à-vis des pauvres. La dimension de la loi spécifique au lévi n’a pas cours en exil car les enfants d’Israël, comme les enfants de Lévi, n’ont pas de territoire dans les pays de la dispersion (Sifté ‘Hakhamim).

Le Rav Hirsch (sur ce verset) explique que les léviim dispersés sur l’ensemble de la contrée promise représentent en quelque sorte les veines où coulent la spiritualité depuis le Temple; ils sont tel le cœur qui achemine le sang jusqu’aux organes c'est-à-dire jusqu’au peuple disséminé dans le pays. Il ajoute que cet avertissement de ne pas abandonner le lévi se justifie par la fait que dans une société qui s’investit dans l’agriculture, l’élevage et l’industrie, les léviim qui se préoccupent d’autre chose que de la terre et ses ressources, sont susceptibles d’être objet de mépris ; ils risquent d’être considérés comme une charge pour le système qui ne voudrait pas comprendre combien la tribu de lévi contribue grandement à la plénitude spirituelle et morale de la nation. Dans une société humaine, certains produisent des biens matériels. Ceux-là sont comptables. D’autres produisent des biens intellectuels, spirituels. Ceux-là ne sont pas comptables ; ils n’entrent dans aucun bilan. Ils échappent à la mesure. Pour certains, ils n’ont donc aucune importance. C’est pourquoi la Torah demande à ne pas négliger ceux qui nourrissent l’esprit, de les considérer avec dignité et reconnaissance.

Le ‘Hatam Sofer (Commentaire sur notre verset V p. 58) développe encore la portée spirituelle de notre verset qui du coup, s’applique encore de nos jours. En effet, le lévi représente la néchama, l’âme (« Ils enseigneront Tes lois à Yaacov et Ta Torah à Israël, ils déposent l’encens à Tes narines et les offrandes consumées sur Ton autel » déclare Moché à propos des léviim, dans la dernière sidra de la Torah). Le verset « Garde-toi d’abandonner le lévi, tous tes jours, sur ta terre » veut donc dire : « Ne néglige pas ton âme, ne l’abandonne pas, « tous tes jours, sur ta terre », sans quoi, sur cette terre matérielle tu resteras fixé, collé ; tu ne pourras pas t’élever, anoblir ton esprit, et donc, jamais, tu ne fuiras ta condition terrestre. Cette préoccupation – penser à ton âme – doit t’habiter « tous tes jours » car à ce moment, les jours que tu vis seront vraiment les tiens parce que la vie que tu vivras sera consacrée à l’accomplissement de ton être juif ».


Toute reproduction, totale ou partielle, de ce site ou d’un ou de plusieurs de ses composants, par quelque procédé que ce soit, sans autorisation expresse de son créateur, et interdite, (…) une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Powered by Edreams Factory