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20 Octobre 2019 | 21, Tishri 5780 | Mise à jour le 18/10/2019 à 12h54

Rubrique Communauté

Antoine Spire : « Etre juste, c’est accorder un regard attentif aux autres »

Antoine Spire (Crédit Speaker)

La revue de la LICRA, Le droit de vivre, pense l’histoire au présent dans un hors-série parfaitement mené sur les Justes parmi les nations. Rencontre avec Antoine Spire, son rédacteur en chef.

Actualité juive: Pourquoi le sujet des Justes est-il l’objet de votre dernier hors-série ? 

Antoine Spire : Il s’est imposé dans le prolongement des troisièmes journées des Justes organisées par la LICRA à la fin du mois de mai au Chambon-sur-Lignon. Dans ce village à majorité protestante, plus de 90 personnes se sont vues décerner par Yad Vashem le titre de Justes parmi les nations en reconnaissance de leurs actions pour permettre à des Juifs de rester vivants pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous avons réfléchi, comme toujours pendant ces journées, à ce qu’ont été et ce qu’ont fait les Justes pendant la Shoah et cette année en particulier, nous nous sommes demandé ce que pouvait signifier le fait d’être (un) juste aujourd’hui. Nous pensons que l’être c’est, peut-être, d’accorder un regard attentif à ceux qui sont dans le besoin ou dont les vies sont en danger. Bien sûr, nous avons conscience que nous ne sommes pas dans les mêmes conditions historiques et sans comparer terme à terme, nous avons pris cette référence au passé pour réfléchir à ce qui se niche au cœur de l’être juste. Nous avons ainsi mis en valeur des parcours et des actions héroïques pendant le génocide du Rwanda, la guerre en Yougoslavie, etc. 


AJ: Les récits, nombreux, développés dans ce numéro disent le courage de ceux qui ont dit non mais aussi leur sens de l’accueil. Est-ce de cet ordre quand vous parlez de « regard attentif » vers les plus menacés ?  

A.S. : Oui et nous consacrons dans ce sens une réflexion sur l’hospitalité et la juste hospitalité sur la base des travaux de Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc. Dans leur livre La fin de l’hospitalité, ils ont précisément décrit comment notre société avait transformé l’hôte en étranger alors que toutes les sociétés anciennes s’accordaient pour faire l’inverse. Aujourd’hui, les migrants sont l’ennemi public numéro un et compte tenu de la pusillanimité des Etats, beaucoup de responsabilités retombent sur les citoyens. En réalité, très peu de citoyens prennent la responsabilité d’accueillir des migrants. Pour nous, cette question de la solidarité avec les migrants demandeurs d’asile est absolument essentielle. Les juifs ont été esclaves en Egypte et ils gardent la mémoire de cette histoire. Ils savent leur devoir moral de solidarité. Bien des facteurs forment le terrain de cette conscience morale. En général, il s’agit de valeurs d’accueil, de dialogue, de courage et de fraternité qui prennent vie dans une organisation collective, dans une famille, une fratrie ou une communauté. L’éducation à ces valeurs est essentielle. C’est un combat qui n’est jamais gagné et qui est dur à gagner, mais il faut le mener. 


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