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16 Décembre 2019 | 18, Kislev 5780 | Mise à jour le 13/12/2019 à 11h26

Rubrique France/Politique

Me Marc Bensimhon : « La reconnaissance du caractère antisémite prend du temps »

(DR)

Après avoir été écarté, le caractère antisémite de l’agression de la famille Pinto commise en septembre 2017 a finalement été retenu. L’avocat de la famille raconte la bataille qu’il a dû livrer pour qu’il en soit ainsi.

Actualité Juive: Dans l’affaire Pinto, le juge d’instruction avait d’abord estimé que les agresseurs présumés n’étaient « pas assez intelligents pour être antisémites » retenant ainsi uniquement le caractère crapuleux de l’agression…

Marc Bensimhon : Absolument. À la suite de cette agression qui remonte à deux ans, le ministre de l’Intérieur de l’époque avait immédiatement communiqué pour dénoncer son caractère antisémite tant il était évident. Pour autant, le juge d’instruction ne nous a pas permis d’accéder rapidement au dossier et nous avons dû batailler ferme pour que nos trois clients puissent être auditionnés. Il a ensuite considéré qu’il n’y avait pas de caractère antisémite dans cette affaire. Avec mon fils Julien, également avocat au cabinet, nous avons donc repris l’intégralité du dossier et avons déposé un mémoire de plus de quinze pages reprenant tous les éléments et démontrant le caractère antisémite. Notamment les propos qui avaient été tenus par les trois agresseurs : « Vous êtes juifs, vous avez de l’argent, où est le coffre ? ». Egalement les deux heures et quart de séquestration au cours desquelles les agresseurs ont tout détruit dans la maison car persuadés qu’il y avait un coffre. Or, il n’y en avait pas, tout comme il n’y avait pas d’argent liquide.


AJ: Comment expliquez-vous cette obstination du juge ? 

M. B. : La reconnaissance du caractère antisémite a toujours pris du temps, y compris dans l’affaire Ilan Halimi. On le voit encore aujourd’hui dans l’affaire Sarah Halimi. Nous avons un combat à mener perpétuellement pour que les parquetiers, les magistrats instructeurs veulent bien accepter ce qui est pourtant l’évidence. J’ai été odieux avec ce magistrat instructeur. J’ai dénoncé le fait qu’il ne tenait pas compte des propos des parties civiles qui ont été agressés et séquestrés tandis qu’il considérait comme parole d’Évangile les propos d’un des trois agresseurs présumés qui disait ne pas savoir ce qu’était l’antisémitisme. Dans notre combat contre ce juge, nous avons eu à nos côtés le procureur de la République qui, dans son réquisitoire, a repris le mémoire que nous avions déposé. Le 16 août dernier, le juge a finalement rendu une ordonnance de requalification avec la circonstance aggravante du caractère antisémite et le renvoi devant la cour d’Assises. Cela permet désormais d’atteindre la réclusion criminelle à perpétuité.


AJ: Une jeune étudiante en médecine harcelée parce que juive a préféré laisser tomber ses poursuites vu la difficulté à faire reconnaître le caractère antisémite. Quel regard portez-vous sur cette affaire ?

M.B. : Cette jeune femme ne doit pas baisser la garde. Elle se trouve face à un aéropage de gens qui veulent masquer la réalité, tout comme nous l’avons été dans l’affaire Pinto. 


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