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13 Novembre 2019 | 15, Heshvan 5780 | Mise à jour le 12/11/2019 à 15h40

Rubrique Israël

Dan Meridor : « Les juifs peuvent se disputer mais tout en gardant à l'esprit les valeurs de liberté »

A la veille des législatives, Dan Meridor, secrétaire de cabinet du 1er ministre Menahem Begin, ministre Likoud de la Justice d'Itzhak Shamir, des Finances et du Renseignement de Benjamin Netanyahou -dont il devient le vice-ministre en 2009- a accepté de répondre à nos questions. Cette grande figure de la Droite israélienne explique pourquoi il a mal au Likoud.

Actualité Juive : Comment déchiffrez-vous les prochaines législatives ?

Dan Meridor : Elles sont différentes de toutes les précédentes. Car elles portent sur le destin de Netanyahou. Netanyahou a échoué à former un gouvernement car il voulait s'assurer que ses partenaires lui confèreraient l'immunité au cas où le Procureur général de l'Etat Avihaï Mendelblit décidait de le mettre en examen après l'audience préliminaire. 


AJ: Netanyahou joue-t-il son avenir politique ?

D.M. : Pour l'heure on ne sait pas s'il est coupable ou pas, mais rien que le fait qu'il veuille détourner le processus de vérification est problématique. Comment imaginer qu'un 1er ministre reconnu coupable de corruption et d'abus de confiance puisse rester en place ? Il faut donc vérifier pour lever tout soupçon. S'il avait voulu préserver les intérêts du pays, Netanyahou aurait pu après son échec remettre son mandat au Président qui l'aurait confié à un autre membre du Likoud ou au leader d'une autre formation. Cela aurait probablement évité la dissolution de la Knesset et la situation dans laquelle nous nous trouvons depuis plus de 5 mois.


AJ: Le Likoud n'est plus ce qu'il était ?

D.M. : Non et cela me fait mal. Aujourd'hui le Likoud s'en prend aux institutions dont le rôle est d'appliquer la Loi et tente de saper l'état de droit que Menahem Begin, son premier chef, a toujours protégé. Nous devons être fiers de notre système judiciaire qui place tous les citoyens à égalité devant la Loi. Et qui a envoyé derrière les barreaux un président, un 1er ministre et plusieurs ministres. Begin qualifiait le Likoud de mouvement national libéral. C'est toujours un parti national mais il n'est plus libéral.


AJ: Pourrions-nous nous retrouver dans la même impasse qu'au lendemain du dernier scrutin ? 

D.M. : Tout est ouvert. Il faut espérer qu'un bloc se distingue clairement. Si Netanyahou est appelé à former le gouvernement et qu'il échoue le président pourrait confier cette tâche à un autre membre du Likoud. Mais pour l'heure personne au parti ne semble disposé à rester dans les annales comme celui qui aura fait tomber Netanyahou. La solidarité est certes une noble notion mais pas aux dépens de l'Etat de droit.


AJ: Un gouvernement d'Union serait-il une bonne nouvelle pour Israël au moment où il va devoir relever d'importants défis -plan de paix américain, menace iranienne ?

D.M. : L'Union est toujours une bonne chose à condition qu'il y ait une ligne politique claire. Le gouvernement d'Union Itshak Shamir/Shimon Pérès est resté en place de 1984 à 1990 et a enregistré de grands succès. La baisse de l'inflation ou l'amorce de la sortie du Liban. 


AJ: Vous avez récemment déclaré être inquiet pour la démocratie israélienne…

D.M. : Israël reste une forte démocratie.  La presse est libre, les élections aussi. Mais impossible de ne pas constater la tendance mondiale qui nous en éloigne. 70 ans après la 2nde Guerre mondiale nombreux sont ceux qui oublient ce qui mène au totalitarisme ou au radicalisme. Regardez en Pologne, en Hongrie, Marine Le-Pen en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis. La tendance est au retour à une politique identitaire et nationaliste. Aimer son peuple c'est bien, c'est du patriotisme, mais dire à l'autre "je vaux plus que toi" c'est dangereux. J'espère qu'en Israël on n'en arrivera pas là. Les juifs peuvent se disputer, c'est de tradition, mais tout en gardant à l'esprit les valeurs d'égalité, de liberté et de fraternité. Je regrette par exemple qu'un mouvement kahaniste soit présent dans la paysage politique israélien.


AJ: Comment jugez-vous le 1er ministre face aux enjeux géopolitiques actuels ? 

D.M. : Bibi est sans nul doute compétent et a une grande expérience.  Cependant en essayant d'établir une seule souveraineté de la mer au Jourdain, sans l'option deux pays, il nuit au sionisme.  Avec une solution à un pays, les Juifs risquent de perdre leur majorité démographique et Israël son identité nationale juive. Le sionisme est un succès historique, exceptionnel. Il ne faut surtout pas donner aux Palestiniens les outils pour dire un jour "nous ne voulons plus d'état indépendant, nous acceptons d'être une part d'Israël mais exigeons le droit de vote". 


AJ: Les résultats du dernier scrutin prouvent-ils qu'il y a une personnalisation du vote ?

D.M. : C'est un phénomène mondial. Dans de nombreux pays, et aussi en France, de grands partis ont disparu ou perdu de leur pouvoir. Il faut dire que la technologie permet aux leaders de s'adresser directement au peuple sans avoir besoin d'intermédiaire. Mais la vraie gouvernance c'est de mener le peuple et non de se faire mener par lui. Ça c'est du populisme. 


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