Default profile photo

16 Septembre 2019 | 16, Elul 5779 | Mise à jour le 16/09/2019 à 13h07

Rubrique Judaïsme

L’attachement aux patriarches

Le rabbin Jacky Milewski. (DR)

Le Commentaire de la Semaine par le rabbin Jacky Milewski.

Une Michna (Berakhot 34b) enseigne : « Celui qui récite la Amida [la prière récitée à voix basse, trois fois par jour] et se trompe, simane ra’ lo, c’est un mauvais signe pour lui ». La Guemara (ibidem) précise que la Michna parle de la première bénédiction de la Amida, celle relative aux patriarches (birkat avot). De quel type d’erreur s’agit-il ? Le Rav J.D.Soloveitchik explique qu’il s’agit d’une personne qui n’a pas eu conscience de la teneur, du contenu, de cette bénédiction; il n’a prêté attention ni à l’explication des mots ni au sens de la berakha (Al hatefila p. 88-90). Cette erreur est « un mauvais signe » car elle prouve que la prière ne provient pas du cœur, qu’elle a été récitée sans concentration, qu’elle résulte d’une mécanique. L’erreur en question exprime un état d’esprit (ibidem). Rachi écrit : la bénédiction relative aux patriarches est la première des bénédictions de la Amida. Si sa récitation est défaillante, c’est que la personne ne désire pas vraiment s’investir dans cette prière.

On peut aussi comprendre la notion de « simane » ou signe comme elle s’entend dans le cadre de la prescription biblique (mentionnée dans notre sidra) de la restitution d’un objet perdu à son propriétaire si l’objet en question possède des simanim, des signes distinctifs. Ces signes distinctifs empêchent l’inventeur de l’objet de prendre possession de ce bien.

Le juif qui prie appartient-il à la destinée initiée par Avraham, Yits’hak et Yaacov ? Se réclame-t-il de leur histoire, de leur projet ? Sa vie constitue-t-elle un prolongement de leur œuvre ? Est-il le descendant des pères du peuple juif ?

La première bénédiction de la Amida, la birkat avot, contient l’ensemble du projet de la Torah ; elle évoque la conception juive de D.ieu, de ce D.ieu découvert par les patriarches ; elle évoque le messianisme, la bonté des pères… Si l’on se trompe dans l’énoncé de cette bénédiction, si on en récite les mots sans vraiment y prêter attention, c’est que l’on présente un « simane ra’», c’est que le signe distinctif qui nous aurait permis d’appartenir à la destinée des patriarches est un signe déficient, non valide, non reconnu.


La première bénédiction de la Amida  contient l’ensemble du projet de la Torah


En effet, tout ce en quoi les patriarches ont cru, ce qu’ils ont passé leur vie à étudier et propager, ce qui a constitué leur cadre existentiel, le projet de leur vie, tous ces éléments sont inscrits dans la birkat avot. Si donc, on récite cette bénédiction « comme ça », sans y adhérer, sans s’y attacher, c’est que l’on s’est détaché de l’histoire des pères d’Israël. C’est que le simane, le signe d’appartenance est défaillant.

Ainsi, en récitant birkat avot avec concentration, on s’approprie l’histoire de nos valeureux ancêtres, on découvre ce qu’ils ont découvert, on expérimente ce qu’ils ont expérimenté, on formule ce qu’ils ont formulé.

Malgré les millénaires qui nous séparent de Avraham, Yits’hak et Yaacov, ils restent nos pères, nos maîtres ; et nous les écoutons. 


Toute reproduction, totale ou partielle, de ce site ou d’un ou de plusieurs de ses composants, par quelque procédé que ce soit, sans autorisation expresse de son créateur, et interdite, (…) une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Powered by Edreams Factory