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12 Décembre 2019 | 14, Kislev 5780 | Mise à jour le 11/12/2019 à 17h51

Rubrique Judaïsme

Le pardon ou la science du recommencement

Le pardon est une expression sublime de l’humilité, de celui qui le réclame et de celui qui l’offre. (Flash90.)

Les fêtes de Tichri offrent une occasion formidable de faire « techouva », de revenir à D.ieu, de s’amender et de s’engager. Mais dans ce cheminement spirituel, la considération d’autrui occupe une place primordiale…

En effet, le lien avec le Maître du monde ne peut se tisser que si l’approche d’autrui est celle-là même souhaitée par la Torah. C’est pourquoi les plus grands de nos sages, les plus grands de nos maîtres, à travers toutes les générations et dans toutes les contrées, sont connus tant pour leur savoir et leur piété que pour leur empathie et leur générosité, tant pour leurs connaissances et leur sainteté que pour leur compassion et leur bonté. De nos guides, on relate, avec admiration, l’accueil et la chaleur qu’ils réservaient aux plus humbles c'est-à-dire des gens dont ils ne pourraient tirer aucun avantage. Degré suprême d’abnégation. C’est pourquoi le Choul’han Aroukh (Ora’h ‘Haïm 606, 1) rapporte, dans les lois relatives à Kippour, que cette journée sacrée ne permet pas d’obtenir l’expiation pour les fautes commises vis-à-vis d’autrui à moins qu’on lui ait demandé pardon. Ainsi, si une personne détient chez elle de façon illégale de l’argent ou un bien, elle doit le rendre à son propriétaire et lui demander pardon. De même, si on a blessé verbalement autrui, il faut lui demander pardon. Si la démarche est pénible ou qu’il y a plus de chance qu’autrui pardonne en envoyant un intermédiaire, on pourra faire appel à ce tiers (Michna Beroura 2).

La halakha prévoit également le cas où la personne offensée ne pardonne pas : il faudra, dans ce cas, retourner à lui, une deuxième et si nécessaire, une troisième fois, étant accompagné à chaque fois de trois hommes. Au-delà de trois fois, on n’est pas tenu de poursuivre la démarche à moins que la personne offensée ne soit son Rav, son maître ou un Rav de qui on a entendu une parole de Torah (Michna Beroura 7). Si la troisième tentative est infructueuse, on déclarera simplement devant dix hommes qu’on a bien demandé pardon (Choul’han Aroukh ibidem).

Si demander pardon est éprouvant (et aussi libérateur), accorder son pardon semble être encore plus difficile, c’est comme renoncer à une dette qu’on nous doit, c’est avoir l’impression que toute la souffrance ressentie n’aura plus lieu d’être alors qu’elle a fait si mal. C’est là l’un des problèmes humains les plus complexes.

Là aussi, la halakha nous guide : la personne offensée ne doit pas se montrer trop dure, « cruelle » et refuser le pardon à moins que cela ne soit pour des raisons pédagogiques (auquel cas le refus de pardonner n’habiterait pas le cœur de l’offensé) ou afin de se protéger de tout dommage qui serait consécutif au pardon (Michna Beroura 10). La tradition talmudique enseigne que celui qui accepte de pardonner s’ouvre par là la voie pour son propre pardon par D.ieu. En fait, le pardon demandé et accordé signe la possibilité de recommencer une nouvelle ère sous de meilleurs augures.

Si la personne offensée n’est plus de ce monde, la halakha prévoit la procédure suivante : en présence de dix hommes, l’offenseur, pieds nus, venu sur la tombe de sa victime, déclare : « J’ai fauté contre le D.ieu d’Israël et contre untel » en précisant la nature de la faute. Les présents répondront :  « Tu es pardonné » à trois reprises.

Le pardon est une expression sublime de l’humilité, de celui qui le réclame et de celui qui l’offre. Il permet à une collectivité de se construire d’elle-même et en elle-même, de regarder les temps qui viennent plus sereinement.

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