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13 Novembre 2019 | 15, Heshvan 5780 | Mise à jour le 12/11/2019 à 15h40

Rubrique Culture/Télé

Francis Huster : « Je voulais être chirurgien, mais le destin en a décidé autrement »

Dans le cadre de la 3ème édition du Festival du Théâtre Français, l’acteur français, Francis Huster, qui vient de jouer, à guichets fermés, Bronx, le chef d'œuvre de Chazz Palminteri à Tel-Aviv, nous fait partager son émotion d'être en Israël, dévoile ses liens avec le judaïsme et l'idée qu'il se fait du théâtre.

Actualité Juive: Votre vocation d'acteur  remonte-t-elle à l'enfance ?  

Francis Huster : Non, je voulais être chirurgien, mais le destin en a voulu autrement. Je me suis cassé la jambe au ski et suis resté plâtré durant 4 mois et demi. Vu que j'étais du genre "premier de la classe", mon oncle m'a conseillé d'apprendre le théâtre. Et j'ai commencé à prendre des cours dans le petit conservatoire que dirigeait, au Lycée Carnot, Mme Annette Hamburger, la mère de Michel Berger. Ce fut un véritable coup de foudre, j'ai donc décidé d'être acteur au grand dam de mon père qui, à cette annonce, m'a donné une paire de gifles.


A.J.: Vous rêvez de donner une autre image du théâtre. Laquelle ?

F.H : L'image de la jeunesse. Je rêve d'enlever l'accent circonflexe du mot théâtre. Cet accent qui lui confère ce côté vieillot et élitiste. Et si je viens en Israël c'est justement parce que  j'ai envie de m’adresser aux jeunes.


A.J.: En quoi Israël vous marque-t-il ? 

F.H : Par le fait que le pays est depuis des millénaires en avenir et réussit à faire du passé un futur. Un pays qui cherche toujours à se reconstruire et à construire. Ce qui m'interpelle dans l'histoire artistique du peuple juif, c'est qu'il se réunit autour d'une seule chose : ne jamais céder. Et cette mentalité qui consiste à donner, par l'humour, le drame, ou autres. Donner, c'est se permettre d'avancer. Si l'on ne donne pas, on est mort. Et ce qui m'épate aussi à chaque fois, c'est la modernité. Quand je suis en Israël, j'ai l'impression d'être 20 ans en avance. Un pays qui doute et qui donc va toujours plus loin.


« Quand je suis en Israël, j’ai l’impression d’être 20 ans en avance »


A.J.: Quelle a été votre motivation pour participer à ce Festival du théâtre en Israël ?

F.H : La sensation que Steve Suissa était en train de créer quelque chose d'unique qui permettra aux Israéliens, francophones ou pas, de découvrir un théâtre de qualité. J'ai eu envie de le suivre car il a choisi le plus difficile. Alors que tout le monde disait qu'il fallait jouer en Israël des pièces de boulevard, il amène, courageusement, des pièces de qualité, fortes, bouleversantes, qui ne peuvent laisser aucun spectateur indifférent. Et au vu du succès du festival, on peut dire qu'il a atteint son objectif.


A.J.: Est-ce pour vous une émotion particulière de jouer en Israël ?

F.H : Bien sûr. D'abord du fait de mes racines juives et de mon histoire familiale. Mon grand-père a été exterminé à Auschwitz et toute ma famille persécutée. Mais au-delà de l'émotion de la mémoire, c'est surtout une émotion d'avenir que je ressens.


A.J.: Quelle place occupe le judaïsme dans votre vie ?

F.H : Il ne peut pas occuper une place, il est LA place. Dans le sens où on ne peut pas se trahir soi-même, notamment quand on est artiste. C’est notre histoire, nos racines. Impossible de déchiqueter ce que tu es, qui que tu sois, sinon tu n'existes plus.  



A.J.: Dans «Bronx» on retrouve un message prôné par le judaïsme. L'importance du libre arbitre et le choix entre le bien et le mal. Ce message vous a-t-il interpellé ?

F.H : Plus que ça. Il m'a choqué. Car sans dévoiler la pièce, on se dit que s'il n'y avait pas eu ce coup de théâtre, ce meurtre, dans la vie de cet enfant, il aurait peut-être choisi le mauvais chemin. Et c'est ce message qui relève du judaïsme : toute ta vie tu dois faire des choix et si tu fais le mauvais tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même.


A.J.: Dans la pièce, le père dit à son fils que le meurtrier et sa victime se sont rencontrés au mauvais moment de leur vie. Diriez-vous que les rencontres qui jalonnent notre existence sont déterminantes ? 

F.H : Oui bien sûr. Les miennes avec de grands acteurs ou réalisateurs le furent.  Pierre Dux, Jean-Louis Barrault, Robert Hirsch ou encore Jean Marais, Claude Lelouch, Nina Companeez. Mais aussi celles avec les actrices avec lesquelles j'ai partagé la scène. Isabelle Adjani, Fanny Ardant, Cristiana Reali pour ne citer qu'elles. Elles m'ont aidé à me sentir à la hauteur car quand tu es artiste tu doutes toujours.


A.J.: La culture israélienne est de plus en plus reconnue sur la scène internationale. Que vous évoque-t-elle ?

F.H : Elle puise son originalité dans le fait qu'elle s'adresse pour l'heure à elle-même. Il faut qu'elle continue à se cimenter et dans 10 ans elle parlera au monde entier. Elle est à la fois légendaire, mais en même temps rebelle. C'est cette rébellion qui la distingue des autres. Si je n'avais qu'un conseil à lui donner c'est de ne pas chercher à ressembler aux autres. Et quand elle sera persuadée de ce qu'elle est alors il sera temps de traverser le miroir. 

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