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06 Décembre 2019 | 8, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique France/Politique

Disparition : Jacques Chirac, un président français

(DR)

Jacques Chirac est mort. C’est à l’âge de 86 ans que l’ancien président de la République française s’en est allé. Les hommages se sont légitimement succédé. Nous revenons sur son parcours avec la communauté juive en quatre dates majeures.

16 juillet 1995


François Mitterrand n’a jamais voulu rouvrir les cicatrices du passé. A peine élu président de la République, Jacques Chirac va prononcer ce jour-là un discours qui fera date et qui permet à la France toute entière de regarder son passé en face. Lors de la commémoration de la Rafle du Vel’d’hiv, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs vers les camps de la mort. Les mots choisis ont une portée historique éternelle : « Ces heures noires (…) sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français. (…) La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. »


22 octobre 1996


Jacques Chirac est connu pour aller au contact des gens. Au plus près. En visite officielle en Israël, il se rend dans les ruelles étroites de Jérusalem et entend faire comme d’habitude. Mais le Proche-Orient n’est pas la France et, très vite, le parcours tourne au calvaire pour tout le monde, y compris les forces de sécurité israéliennes en charge de la protection du président français. Les Palestiniens veulent toucher Jacques Chirac et Jacques Chirac veut saluer les Palestiniens. Les agents israéliens se mettent en travers jusqu’au moment où Jacques Chirac éclate de rage devant les caméras : « This is not a method ». Il crie même à la provocation et menace de repartir immédiatement en France. Son « What do you want ? Me to go back to my plane ? » fait le tour du monde. On ne saura sans doute jamais s’il s’agissait d’un « coup de gueule » spontané ou   calculé. Reste que Jacques Chirac devient littéralement le héros du monde arabe. Sept ans plus tard, sa décision de ne pas engager la France dans la guerre en Irak renforcera encore sa popularité au Moyen-Orient.


Du discours historique du Vel d’hiv à son coup de colère dans les rues de Jérusalem


21 avril 2002


Au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, la France est dans un état de sidération. Le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, est qualifié pour le second tour face au candidat sortant, Jacques Chirac. Dès lors, une question se pose : le président de la République doit-il accepter de rencontrer le candidat d’extrême-droite dans le traditionnel débat d’entre-deux-tours ? Ne serait-ce pas offrir, à bon compte, un capital politique inespéré à Jean-Marie Le Pen ? Sans que l’on sache avec certitude s’il s’agit de la bonne attitude, très vite, Jacques Chirac fera savoir qu’il n’y aura pas de débat. A circonstances exceptionnelles, décision exceptionnelle. En dépit de sa désastreuse déclaration sur le « bruit et l’odeur » des immigrés en 1991, Jacques Chirac s’est toujours montré ferme sur les valeurs de tolérance et de « vivre ensemble » et n’a jamais accepté l’idée d’une passerelle entre la droite et l’extrême-droite. Dans sa dernière allocution télévisée, en 2007, Jacques Chirac avait ainsi à nouveau dénoncé l’extrême droite : « Ne composez jamais avec le racisme, l’extrémisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre (…). C’est un poison, il divise, il pervertit, il détruit ».


18 janvier 2007


Jacques Chirac se rend au Panthéon, accompagné de Simone Veil, pour rendre l’hommage de la Nation aux 2700 Justes de France et à tous les héros anonymes qui ont sauvé des milliers de juifs d’une mort certaine au cours de la Seconde Guerre mondiale. La date n’a pas été choisie au hasard : en 1945, elle correspond aussi à l’entrée de l’armée soviétique dans le camp d’Auschwitz. En décorant les Justes de France de la légion d’honneur, Jacques Chirac déclare : « Vous, Justes de France, vous avez transmis à la nation un message essentiel, pour aujourd'hui et pour demain… Plus que jamais, nous devons écouter votre message : le combat pour la tolérance et la fraternité, contre l'antisémitisme, les discriminations, le racisme, tous les racismes, est un combat toujours recommencé ». On peut ainsi voir la continuité du parcours « présidentiel » de Jacques Chirac avec une ambition : réconcilier la France avec son histoire.

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