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12 Décembre 2019 | 14, Kislev 5780 | Mise à jour le 11/12/2019 à 17h51

Rubrique France/Politique

De quoi l’attentat à la préfecture de police est-il le nom ?

Mickaël Harpon était agent technique dans le service des renseignements.

L’attentat commis le 3 octobre à la préfecture de police de Paris, et qui plus est par un agent technique d’un service de renseignement a incontestablement montré que l’islam radical peut être présent au cœur de la machine administrative.

La question principale posée par l’acte commis par Mickaël Harpon est celle des failles dans le criblage des employés du service public, radicalisés ou présentant des signes de radicalisation. En attendant les résultats de la mission confiée par le ministre de l’Intérieur à l’Inspection Générale du Renseignement, qui devra déterminer les erreurs dans le cas Harpon (en particulier le maintien de son habilitation secret-défense), nous avons quelques données fiables sur l’étendue de la radicalisation au sein des forces de l’Ordre. 

   Une quarantaine de gendarmes et policiers sont surveillés actuellement pour présenter des signes de radicalité religieuse. Depuis les attentats de 2015, une autre vingtaine a été écartée, dont six ont été révoqués. Si ce nombre est en augmentation, il est à rapporter aux effectifs globaux de la police (150 000 agents) et de la gendarmerie (103 000 agents). Une cinquantaine de militaires seraient aussi concernés (sur 275 000 en service actifs), de sorte que le phénomène est, statistiquement parlant, marginal.

Toutefois à ce niveau de danger pour la sécurité nationale et pour la population, tant la règle de droit que l’objectif devraient être l’éradication totale du phénomène. C’est là que la réalité devient complexe. Il existe des mécanismes internes aux différents corps des forces de l’ordre pour détecter, suivre et résoudre les cas de radicalisation. Ils fonctionnent et permettent d’abord d’écarter les personnels concernés des postes opérationnels. Mais dans le respect du droit administratif qui donne aux agents publics et aux fonctionnaires des protections. 


Des failles dans le criblage des employés du service public radicalisés


La révocation pour la participation active à un groupe radical, ou pour une proximité prouvée avec un groupe ou un individu radical, a toutes les chances de « passer » au contentieux (bien que : il existe au moins un policier suspendu et réintégré par jugement, mais désarmé ensuite). C’est beaucoup moins certain dès lors que seuls des « signes » de radicalisation sont visibles, d’autant que ceux-ci sont sujets à débat : est-on en cours de radicalisation si on arrête de manger du porc, si on se laisse pousser la barbe et qu’on commence à fréquenter une mosquée en dehors du service ? 

Il est impossible que le Parlement s’engage sur la voie d’une législation d’exception. Reste à la hiérarchie policière à « resserrer les boulons » de ses procédures internes, notamment celles de signalement. Celui-ci implique un sens de la responsabilité collective des agents : Harpon avait été signalé par deux collègues pour son comportement après l’attentat contre Charlie Hebdo, mais ils n’avaient pas consigné leur témoignage par écrit. Peur d’être taxés d’islamophobes, légèreté, peu importe : seuls les signalements écrits et étayés peuvent éviter une catastrophe. 

En juin dernier, dans un rapport consacré aux services publics face à la radicalisation, les députés Eric Diard (LR, Bouches-du-Rhône) et Eric Poulliat (LRM, Gironde) avaient dressé un état des lieux de la radicalisation dans les services publics, forces de l’ordre comprises. Avec un constat plutôt rassurant puisqu’ils pointaient des « zones d’ombre » (notamment dans les transports publics) mais des phénomènes « marginaux ». Désormais, il est certain que de telles affirmations ne suffisent plus à rassurer une opinion publique dont la perception ne sera plus jamais la même qu’avant l’attaque du 3 octobre. 


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