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23 Octobre 2019 | 24, Tishri 5780 | Mise à jour le 18/10/2019 à 12h54

Rubrique Judaïsme

Parachat Vayélè’h : La dernière mitzva

(Flash90.)

La parachat Vayélè’h, bien que n’étant pas la dernière paracha de la Thora, possède un privilège particulier : elle nous enseigne le dernier des 613 commandements du judaïsme. Celui, pour chacun, d’écrire un rouleau de la Thora. A ce propos, la question posée par nos commentateurs nous interpelle au plus haut point. Quelle est la valeur de cette mitzva pour conclure toute la Thora, quand on sait combien toute conclusion recèle des notions de la plus grande importance ?

C’est déjà le Talmud (1) qui nous donne une première piste de réflexion en affirmant que « Tout va d’après la conclusion ». Il est vrai que tout aboutissement contient en lui comme un condensé de tout ce qui le précède. Mais la Thora peut-elle avoir une conclusion, s’étonnent nos Maîtres ? Elle est, par définition, infinie et au-delà de toute mesure ou de toute limitation ! C’est pourquoi, afin de bien rappeler son caractère infini, ils nous proposent de lier cette dernière mitzva avec…la première que nous enseigne la Thora, celle de croître et de fructifier (2) afin de bien marquer l’idée selon laquelle la Thora est en perpétuel mouvement, sans fin, ni commencement. Mais au-delà de cette proximité structurelle, nous pouvons trouver un lien plus intime entre ces deux commandements. 


Entre l’homme et l’animal


Il existe deux types de vie. Celle, strictement végétative au cours de laquelle, on boit, on mange, on marche et on dort. Cette existence est mécanique, sans but réel. Des actes sont accomplis parce que nous sommes naturellement programmés pour les faire. Et le Talmud (3) de confirmer quand il enseigne que l’homme ressemble en trois choses à l’animal : il mange et boit, se reproduit et fait ses besoins. Puis, il y a la vie organisée pour un idéal, où chacune des fonctions élémentaires de l’existence nous projette vers un but qui confine à la plus haute spiritualité : on boit et l’on mange pour avoir la force d’être un bon Juif. On marche pour accomplir les commandements divins et grandir l’humain qui est en nous. Cet impératif est le point essentiel qui doit nous distinguer de l’animal et que l’on pourrait rapprocher de tout projet éducatif : s’éduquer soi-même et éduquer notre enfant. 


Un cachet divin


Il nous est possible, à présent, de comprendre le lien qui unifie ces deux commandements. Comment un homme peut-il croître et fructifier ? Il peut effectivement bien boire et manger et se reproduire mais on ne verra là, rien de grand qui puisse le distinguer de l’animal. Mais quand il s’attachera au rouleau de la Thora pour, à la fois grandir personnellement et entraîner ses enfants sur cette voie, il aura donné un cachet divin à son existence. L’homme passe son temps à tirer profit des plaisirs de ce monde, mettant son intérêt au centre de ses préoccupations. Puis, quand il s’approche de la fin, il s’aperçoit qu’il n’a rien construit, ne laissant aucune trace vivante de son passage dans ce monde. Nous avons ici, en filigrane, la réponse à une autre question posée par des  commentateurs du texte biblique : pourquoi, juste avant le verset nous enjoignant d’écrire un rouleau de la Thora, un verset (4) nous annonce que « D.ieu voilera Sa face (en temps d’exil)… » ? C’est par l’étude de la Thora, expliquent nos Maîtres, qu’un Juif peut réellement s’éduquer et faire face, sans faillir, à la pesanteur de l’exil. 


Notes :

(1) Traité Béra’hoth, p. 12a

(2) Dans la parachath Béréchith

(3) Traité ’Haguiga, p.16a

(4) Dévarim, chap.31, verset 18

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