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23 Octobre 2019 | 24, Tishri 5780 | Mise à jour le 18/10/2019 à 12h54

Rubrique Judaïsme

Je me questionne, donc je suis

Le Commentaire de la Semaine par le Rabbin Mikaël Journo, rabbin de la Communauté de Chasseloup-Laubat, Aumônier général des hôpitaux de France.

En cette veille de Kippour, je vous propose une réflexion sur la notion du questionnement critique mais constructif.  Souvent on s’imagine que celui qui croit ne doute pas. C’est évidemment un cliché qui cherche à rassurer mais qui dissimule une réalité bien plus ambiguë. Pour le judaïsme, l’esprit critique est recherché et enrichissant. La passion pour l’interrogation est devenue au fil des siècles un ingrédient essentiel de la culture juive.

Ainsi le mot sagesse se dit en hébreu « Hokhma » qui peut  se lire aussi  Koah – Ma, la force du Pourquoi. Les lettres hébraïques ayant des valeurs numériques, celle du  mot « Adam » qui signifie homme est égal au mot « Ma » qui veut dire, quoi ? Pourquoi ? Ne peut-on pas en déduire que l’homme est une question Le judaïsme n’est pas un dogme qui enferme et fige la pensée. Il faut fuir la pratique d’un rituel vide de sens où l’on ne pense plus et où l’on n’agit que par routine. D.ieu n’a pas offert à l’homme un rouleau de la Thora sibyllin. La Thora est, au contraire, une parole vivante, ouverte et féconde. 

L’étonnement de l’homme est la condition préalable et nécessaire à son accès à la connaissance et au savoir. C’est une possibilité offerte à l’homme de se confronter au texte de la Thora, de l’étudier et  de l’interroger. Nos sages nous enseignent que l’homme est invité à apporter sa touche personnelle, sa pierre à l’édifice, son Hidouch, au cheminement de la pensée juive. Grâce à cela, la Thora ne demeure pas une lettre morte, un testament, elle est Thorat–Haim, une Thora de vie, une tradition source de vitalité ?

L’originalité de l’étude talmudique consiste à refuser une lecture monolithique et enseigne qu'un texte est indéfini car infini et ouvert à toutes les nouvelles interprétations. La notion de Mahloquète, questions, discussions, débats est constitutive du Talmud à tel point que la terminologie talmudique propose plus d’une quarantaine de synonymes pour dire le mot question. C’est dans la confrontation d’idées et d’opinions que jaillit la lumière de la vérité. Et le rôle du maître n’est pas tant d’apporter des réponses mais d’apprendre à l’élève à savoir poser des questions. Ainsi  la recherche de la vérité ne s’épuise jamais et l’homme reste élève de la sagesse, un Talmid-hakham.

C'est-à-dire que la sagesse demeure toujours un but à atteindre même pour les plus grands sages qui ont l’humilité de toujours vouloir apprendre. Le questionnement juif admet les contradictions et la complexité, sources de renouveau et d’enrichissement mais ces dernières s’inscrivent sans aucun lien avec l’idée de rupture, source de séparation et finalement d’échec. Cette démarche s'inscrit dans un esprit de continuité qui relie toutes les idées les unes aux autres en vue de s’approcher de la parole de D.ieu et d’agir pour le bien.

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