Default profile photo

22 Novembre 2019 | 24, Heshvan 5780 | Mise à jour le 20/11/2019 à 18h20

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Urgence : Qui peut sauver les Kurdes ?

Près de 200 personnes se sont rassemblées devant l’ambassade de Turquie à Tel-Aviv pour protester contre l’incursion turques en Syrie. (Flash90.)

La volte-face de Trump en Syrie pourrait avoir de graves répercussions humanitaires, mais aussi stratégiques.

L'annonce le 7 octobre du retrait du millier de soldats américains déployés auprès des Kurdes dans le nord de la Syrie, a remis en branle toutes les forces en présence. La Turquie n'a pas attendu 48 heures avant de lancer ses troupes contre l'enclave kurde, au motif de "pacifier" sa frontière et d'en finir avec les Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, qu'Erdogan considère comme des "terroristes", alliés à leurs congénères du PKK séparatiste turc.

Lâchés par leur seul allié, qu'ils avaient aidé à freiner et neutraliser les forces de l'Etat islamique, les Kurdes syriens n'ont plus eu d'autre recours que de se tourner vers leur ennemi Bashar al Assad, seul en mesure de s'interposer entre eux et les forces turques et de prévenir un massacre. Le 15 octobre, les troupes présidentielles syriennes entraient dans Minbej et reprenaient le contrôle d'une partie de leur frontière avec la Turquie, perdu depuis le début de la guerre civile. Et il faut encore compter avec les milliers de terroristes de Daech, jusque-là captifs des Kurdes et dont personne ne sait combien ont déjà réussi à prendre la fuite.

Les Russes ont également profité de l'occasion pour se poser en médiateur et offrir leur aide. Des troupes russes patrouillent déjà dans la zone pour prévenir des frictions entre soldats syriens et turcs. Recep Tayyip Erdogan a même accepté l'invitation de Vladimir Poutine pour envisager avec lui une sortie de crise. Si Moscou n'a pas tardé à s'engouffrer dans la brèche, Téhéran aussi attend son heure et la décision de Donald Trump de retirer également ses troupes de la base d'al Tanf, dernier verrou à bloquer le libre accès terrestre des Iraniens à leur croissant chiite et leur acheminement d'armes vers la Syrie et le Liban.

Les sanctions contre la Turquie annoncées par Washington devraient être insuffisantes pour contraindre Erdogan à faire machine arrière. Le projet d'un embargo   international sur les ventes d'armes à Ankara est resté lettre morte, après le véto britannique en Europe et celui déjà acquis de la Russie et de la Chine au Conseil de Sécurité. Dans ces conditions, le président turc n'aurait d'ailleurs qu'à se tourner vers les Russes. Le vice-président américain Mike Pence devait pourtant tenter, sans grand espoir, une approche diplomatique auprès du dirigeant turc pour le convaincre de stopper son offensive.


Israël n'a pas hésité à condamner l'offensive turque contre les Kurdes

En Israël, l'annonce du retrait américain du nord syrien a fait l'effet d'un coup de tonnerre dans un ciel serein. La veille encore, les ministres du cabinet de sécurité réunis autour de Benyamin Netanyahou avaient longuement discuté de la crise iranienne, mais pas de la Syrie, car rien ne laissait prévoir l'imminence du revirement du président Trump. Israël n'a en revanche pas hésité à condamner l'offensive turque contre les Kurdes. Benyamin Netanyahou a même alerté contre un risque "d'épuration ethnique" et promis une aide humanitaire israélienne aux populations kurdes. Des rassemblements de solidarité ont été organisés pour marquer le soutien du public israélien aux Kurdes. Le grand rabbin d'Israël David Lau, qui rendait visite au président Rivlin sous la soucca présidentielle, a rappelé le "devoir moral d'Israël d’agir, avant qu'il ne soit trop tard, en faveur des Kurdes menacés d'une destruction massive". Un vœu pieux dans un conflit où Israël n'a pas de véritable marge de manœuvre. Même si l'abandon des Kurdes par les Américains a de quoi faire réfléchir leurs autres alliés dans la région.


Toute reproduction, totale ou partielle, de ce site ou d’un ou de plusieurs de ses composants, par quelque procédé que ce soit, sans autorisation expresse de son créateur, et interdite, (…) une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Powered by Edreams Factory