Default profile photo

08 Décembre 2019 | 10, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique Communauté

Geneviève Dichamp : « C’est notre manière d’agir contre l’antisémitisme »

Des lectures théâtralisées des livres Si c’est un homme et O vous, frères humains auront lieu dans 20 lycées des Yvelines du 18 au 23 novembre et en mars 2020. A l’initiative de cette action culturelle à dimension pédagogique, le Théâtre Montansier de Versailles qui a élaboré un vaste dispositif pour sensibiliser les élèves aux dangers du racisme et de l’antisémitisme. Rencontre avec sa co-directrice.

Actualité juive: Cette initiative est-elle une première pour le Montansier et si oui, comment en avez-vous eu l’idée ?

Geneviève Dichamp : Nous avions déjà présenté le spectacle Je reviens de la vérité de Charlotte Delbo où elle évoque la vie du camp et de son convoi, mais c’est la première fois que nous mettons en œuvre un dispositif aussi important. Le comédien Samir Siad lira devant 120 élèves à chaque fois des extraits des livres Si c’est un homme de Primo Levi et O vous, frères humains d’Albert Cohen. Chaque lecture sera suivie de discussions dans les classes et d’un débat des élèves et du comédien. Nous avons décidé de nous rendre directement dans les établissements scolaires et de le faire de façon gracieuse car nous ne voulions pas que le coût financier et l’éloignement géographique des lycées avec le théâtre soient des obstacles. Entre les dix lectures de novembre et les dix prévues en mars, nous toucherons entre 2 500 et 3 000 élèves.  


A.J.: Vous vous rendrez à Mantes-la-Jolie, Saint-Germain en Laye, Trappes, Marly-le-Roy et La Celle-Saint-Cloud, entre autres. Pourquoi une telle action, de cette envergure ? 

G.D. : En tant qu’acteurs du monde culturel et de la société civile, nous nous sommes interrogés sur ce que nous pouvions faire pour sensibiliser et alerter contre l’antisémitisme. Celui-ci se développe de façon dangereuse en France, nous le voyons : la presse relaie de nombreux actes antisémites et c’est une question souvent difficile dans certains établissements scolaires. L’insulte antisémite est devenue facile. Nous sommes dans une époque de la petite blague, l’antisémitisme devient banal. Donc, nous nous sommes demandés ce que nous pouvions faire. La culture ne peut pas être à elle seule le pansement de la société mais elle doit agir et construire. Elle doit amener à réfléchir et réveiller les consciences sur ce qui nous unit. 


« La culture doit nous faire penser »

Nous savons aussi, par ailleurs, que nous vivons un tournant en ce qui concerne la transmission de la mémoire de la Shoah avec la disparition des derniers témoins. L’Histoire n’est pas suffisante car les hommes ont la mémoire courte et il faut la garder vivante. Notre dispositif répond aussi à cette nécessité de transmission. Et puis enfin, nous sommes au théâtre. Nous sommes des gens de la parole et du texte et nous avions avec ces textes, deux textes magnifiques.


A.J.: Pourquoi ceux-là ? 

G.D. : Si c’est un homme de Primo Levi car sa description presque scientifique de l’univers d’Auschwitz est absolument saisissante. A la lecture, nous sommes en même temps pris d’effroi et après, le texte continue de cheminer en nous... O vous, frères humains car il est bouleversant. Il raconte l’insulte au coin de la rue et le repli d’un jeune qui a été insulté. Il dit la facilité de pouvoir gribouiller des propos antisémites sur un mur et montre comment ces actes peuvent être très faciles à commettre et le sentiment d’impunité que peuvent ressentir les personnes qui les commettent. Or c’est une parole grave, et on peut détruire des jeunes avec ces propos. Le comédien Samir Siad, qui lira les textes, a été formé au Théâtre national de Strasbourg. Sa présence scénique est remarquable et je suis sûre que les jeunes lycéens seront happés par la manière dont il dira les textes. 

(1) Informations : theatremontansier.com

Powered by Edreams Factory