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08 Décembre 2019 | 10, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique France/Politique

Contre l’islamophobie, mais tout contre les islamistes

(Capture d'écrans Twitter)

C’est une véritable fracture idéologique qui a traversé la gauche lors de la manifestation du 10 novembre « contre l’islamophobie ». Ce n’est pas seulement l’usage de ce terme controversé qui pose problème mais aussi – surtout - l’erreur consistant à se mobiliser contre un vrai problème, le racisme, mais avec des acteurs dont l’agenda est religieux et communautaire. Et qui, comme d’habitude, tolèrent au sein de leurs cortèges des amalgames grossiers avec l’antisémitisme.

Nous y étions. Le cortège, grossissant au fur et à mesure du parcours, le chiffre de 13 500 manifestants donné par le cabinet Occurrence, est sans aucun doute conforme à la réalité et montre que les organisateurs ont réussi leur pari : faire défiler des organisations de gauche et d’extrême-gauche (certains responsables communistes, élus fidèles de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon, NPA et Lutte ouvrière trotskystes, certains écologistes de EELV, les syndicalistes de la CGT) aux côtés du CCIF, du dirigeant de l’UOIF Amar Lasfar et d’une masse anonyme au sein de laquelle hommes et femmes portant les signes vestimentaires de l’islam orthodoxe étaient, sinon majoritaires, du moins si nombreux qu’ils donnaient le ton.

Posons le contexte. En septembre, un sondage effectué par l’IFOP pour le compte de la DILCRAH et de la Fondation Jean Jaurès, peu suspectes de sympathies islamistes, indique que 40% des sondés d’origine musulmane affirment avoir été victimes de discriminations racistes et que 24% disent avoir été insultés en raison de leur appartenance religieuse. Ce racisme est un fait contre lequel il faut lutter. Comme il faut appeler un chat, un chat et la tentative de meurtre commise à la mosquée de Bayonne, un attentat. Mais sur ce terrain des partis et organisations de gauche dont certaines avaient toujours tenu une ligne strictement laïque  (ainsi Lutte ouvrière, contrairement au NPA), des personnalités qui de leur aveu même n’aiment pas le terme « islamophobie », ainsi Jean-Luc Mélenchon, ont commis l’erreur, encore une fois, de manifester avec des organisations islamistes ou des tenants (l’élu dyonisien Majid Messaoudène, le journaliste Taha Bouhafs) de la fusion entre revendications religieuses, combats sociaux, et altermondialisme antisioniste.


« La provocation ultime, ce sont ces autocollants en forme d’étoile jaune »

Cette confusion mène à des incongruités totales. La première se produit avant l’arrivée place de la République lorsque Marwan Muhammad, ancien responsable du CCIF et cofondateur de la plateforme L.E.S Musulmans, fait reprendre à la foule plusieurs formules traditionnelles de l’islam : « Salam Aleikoum », pas de souci. Puis « Allahou Akbar ». Malaise, d’autant plus que nombre de manifestants ne sont pas musulmans et militent dans des partis de gauche normalement laïcs. Puis en bas de l’avenue Philippe-Auguste, le cortège de « Paris Antifa » (un groupe censément anarchiste) scande « Solidarité avec les femmes voilées » et la jeune femme qui tient le mégaphone porte un hijab. Puis son groupe entonne le chant des Gilets jaunes. D’autres anarchistes sont là, ceux de la CNT et de l’Union Communiste Libertaire, qui se dit « mouvement athée » et soutient les combattants du Rojava, en lutte contre la Turquie et l’islam politique. Devant eux, une partie du service d’ordre du cortège porte des gilets fluos siglés « mosquée de Pessac » (Gironde) et « sécurité mosquée ». 

La provocation ultime, ce sont ces autocollants, très nombreux, sur lesquels le mot « musulman » est inscrit au milieu d’une étoile jaune, elle-même dessinée à côté d’un croissant. Quelques conversations avec des participants montrent que ceux-ci sont persuadés être dans la situation des juifs en 1940. Victimes d’un « racisme d’Etat » et de lois laïques « liberticides », comme le prétend l’appel à manifester. Le Parti Socialiste, qui n’a pas défilé, ainsi que Fabien Roussel, secrétaire national du Parti Communiste qui s’est également abstenu, envisagent de manifester le 20 novembre « contre tous les racismes » dont l’antisémitisme. Il va impérativement falloir qu’ils rassemblent autant de monde, sans quoi le désastre sera complet. 

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