Default profile photo

08 Décembre 2019 | 10, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique Israël

L’Europe tombe-t-elle dans la radicalisation anti-israélienne ?

Les dommages provoqués par la décision de la Cour de justice européenne devraient avoir des conséquences qui seront davantage d’ordre politique et social qu’économique. Explications.

Situé juste au nord de Jérusalem, dans les collines de Judée, le Vignoble Psagot, dont 70% de la production sont destinés à l’export, n’avait nullement envie de voir ses bouteilles arriver sur les tables du Vieux continent, estampillées d’une étiquette qui les présenterait comme étant du vin de colons. C’est la raison pour laquelle cette société de vins avait tenté, en novembre 2016, un recours en annulation de la décision du ministère français de l’Économie et des Finances qui, s’appuyant sur une recommandation de la Commission européenne, envisageait de procéder à l’étiquetage des produits dont la provenance était contestée politiquement. Psagot avait en outre souhaité que le Conseil d’État se tourne vers la CJUE, la Cour de Justice de l’Union européenne pour trancher cette question. 

Autant dire que la démarche juridique choisie s’annonçait vouée à l’échec, tant les positions européennes sur le dossier israélo-palestinien et notamment sur la question des territoires étaient connues d’avance. L’arrêt rendu est bien à la hauteur des déceptions. « Puisqu’en vertu du droit international, le plateau du Golan et la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est) ne font pas partie du territoire israélien, l’indication ‘produit en Israël’ est considérée comme fausse et susceptible d’induire en erreur », peut-on lire dans la décision rendue le 12 novembre. « En ce qui concerne les produits issus de Cisjordanie ou du plateau du Golan qui sont originaires de colonies de peuplement, une mention limitée à “produit originaire du plateau du Golan” ou “produit originaire de Cisjordanie” ne serait pas acceptable. (…) Dans de tels cas, il est nécessaire d’ajouter, entre parenthèses, par exemple, l’expression “colonie israélienne” ou des termes équivalents », découvre-t-on encore quelques lignes plus bas. 

Le CJUE valide en revanche totalement la mention « provenance de Palestine », pour des produits qui proviendraient de territoires faisant partie de l’Autorité palestinienne. Le fait que ni la proclamation ni la reconnaissance de l’État palestinien n’ait encore eu lieu ne semble pas pour le coup poser problème à l’UE. 

La décision juridique rendue par la CJUE apparait donc conforme à la diplomatie européenne. Dans les faits son impact devrait être limité, même si l’Union européenne représente le premier partenaire commercial d’Israël. « La quantité et le montant des importations en provenance des implantations visées par cet étiquetage représentent moins de 0.1% du volume total des exportations israéliennes », rappelle Henri Cukierman, président de la CCFI (chambre de commerce France-Israël), qui déplore néanmoins une « décision juridique profondément choquante ». « En matière sociale en revanche, cette décision risque bien d’avoir des effets ravageurs vis-à-vis des populations palestiniennes », ajoute encore H. Cukierman. Dans ces implantations, et notamment dans les localités agricoles, Israël emploie 15% des travailleurs palestiniens. La chute des exportations, à laquelle peut aboutir la décision de la CJUE, pourrait provoquer des licenciements d’ouvriers agricoles palestiniens. 

Powered by Edreams Factory