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08 Décembre 2019 | 10, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique Israël

Emmanuel Navon : « Netanyahou est la raison pour laquelle nous n'avons pas de gouvernement aujourd'hui »

(Wikipedia)

Professeur dans différents établissements israéliens d'enseignement supérieur, le Dr Emmanuel Navon nous aide à décrypter la situation politique complexe dans laquelle Israël se trouve aujourd'hui.

Actualité Juive: En quoi la situation actuelle est-elle exceptionnelle ? 

Emmanuel Navon : C'est la première fois que deux candidats successifs au poste de Premier ministre ayant échoué, le mandat revient à la Knesset, qui dispose de 21 jours pour désigner un parlementaire capable de former un gouvernement. Cet article de loi est mis en œuvre pour la première fois. 


A.J.: Y a-t-il d'autres facteurs qui contribuent à rendre la situation actuelle exceptionnelle ?

E. N. : Bien sûr. C'est aussi la première fois dans l'histoire du pays qu'un Premier ministre en fonctions, est inculpé d'abus de confiance et de corruption, des accusations très graves. La situation est compliquée par le fait que la loi autorise le Premier ministre à rester en poste jusqu'à son éventuelle condamnation définitive. 

Mais le parti Bleu Blanc refuse de former une coalition avec Netanyahou même s'il n'est pas encore condamné. Et puis, on peut aussi se demander si un Premier ministre mis en examen est en mesure d'exercer ses fonctions. 


A.J.: Existe-t-il en Israël une immunité parlementaire qui pourrait mettre M. Netanyahou à l'abri des poursuites ? 

E. N. : Cette possibilité existe. Les parlementaires peuvent demander à une commission spéciale de la Knesset de leur accorder une telle immunité. On ignore encore si M. Netanyahou compte recourir à cette procédure. De plus, en l'absence d'un gouvernement et d'une coalition, il n'y a pas, pour le moment, de commission susceptible d'examiner une telle requête.


A.J.: Que peut espérer Netanyahou ? Qu'essaie-t-il de faire ?  

 E. N. : A mon avis, il essaie de se maintenir au pouvoir à tout prix en espérant qu'il pourra obtenir une immunité de la Knesset. J'imagine que sa stratégie consiste pour l'instant à se diriger vers un troisième scrutin législatif en espérant qu'il pourra rester à la tête du Likoud et obtenir une majorité. Je pense que ses espoirs sont assez irréalistes. D'abord parce qu'il a accepté la tenue prochaine d'une élection primaire à la tête du Likoud qu'il n'est pas sûr de remporter. Et ensuite parce que le Likoud pourrait s'affaiblir lors de ce nouveau scrutin et perdre beaucoup de sièges. 


A.J.: Les projets du Premier ministre pourraient-ils aussi être contrariés par des décisions de justice ? 

E. N. : Bien sûr, puisque le conseiller juridique du gouvernement n'a pas encore fait savoir, si malgré son inculpation, M. Netanyahou, candidat à sa propre succession, pourra être autorisé à former un nouveau gouvernement. 


A.J.: Pensez-vous que le système électoral d'Israël qui repose sur la proportionnelle intégrale, contribue à aggraver la crise ? 

E. N. : Ce genre de difficultés n'épargne par les pays ayant recours à d'autres modes de scrutin. Ceux qui pensent que le système majoritaire est la réponse à tous les problèmes se trompent. De plus, la proportionnelle répond bien aux besoins d'Israël, dont la population est diverse  et divisée. 

   Je pense que la crise actuelle n'est pas due au système électoral mais au fait que Netanyahou est rejeté par une grande partie de la droite, en particulier par Lieberman et  des éléments du parti Bleu Blanc. Il y a une majorité de droite mais il n'y a pas de majorité pour Netanyahou. Cela n'a rien à voir avec le système électoral. 


A.J.: Le vrai enjeu de ces élections et de cette crise, c'est Bibi ?

E. N. : Evidemment. Malheureusement aujourd'hui, toute la politique israélienne tourne autour de lui, c'est le seul sujet des élections et il est la raison pour laquelle aujourd'hui, nous n'avons pas de gouvernement. S'il y avait un autre chef du Likoud, un gouvernement aurait été formé depuis longtemps. 


A.J.: Que prévoyez-vous pour l'Etat d'Israël ? Que va-t-il se passer, selon vous, dans les prochains mois ? 

E. N. : Plusieurs scénarios sont envisageables. Il n'est pas impossible qu'il y ait une élection à la tête du Likoud avant la dissolution de la Knesset. Si Guideon Saar gagne, le problème pourrait être résolu. Ou alors, on va à une troisième élection législative. En pareil cas, il faudra aussi des primaires pour désigner le leader du Likoud, et Guideon Saar pourrait l'emporter, contribuant à la solution du problème. S'il y a une troisième élection et que Netanyahou se maintienne, cela pourrait mener le pays à un quatrième scrutin... Et cela pourrait  même se répéter encore plusieurs fois jusqu'à ce que les électeurs du Likoud comprennent qu'on ne peut pas continuer ainsi. 

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