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09 Décembre 2019 | 11, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique Judaïsme

Parachath Lè’h lé’ha : Une nature nouvelle

(Illustration Gustave Doré)

La tradition donne Lè’h lé’ha (Va pour toi) comme le point de départ du judaïsme. Sur l’ordre de D.ieu, un homme va quitter toutes ses attaches pour emprunter sur un nouveau chemin, radicalement différent de celui sur lequel les hommes s’étaient engagés jusqu’à présent. Un itinéraire au-delà des limites humaines.

Dans l’amélioration de nos traits de caractère, il existe globalement deux étapes. La première consiste à éradiquer nos défauts pour les transformer en qualités. Quelqu’un est par nature rigoureux et ne se manifeste envers ses proches qu’au travers d’une attitude sévère. Il prend conscience de la gravité de cette tendance et, par un effort gigantesque, va essayer de changer sa personnalité dans le sens de la douceur, de la gentillesse ou de l’attention. La tradition juive définit cette option comme l’amélioration de nos « midoth », un mot hébreu qui signifie « traits de caractère ». C’est un service de D.ieu essentiel vers lequel chacun d’entre nous doit tendre. Toutefois, on aurait pu penser, à juste titre, qu’il s’agit là du nouveau départ pris par Avram. En fait, le départ dont il est question avec Lè’h lé’ha vise une perspective bien plus profonde qui sera la seconde étape dans l’amélioration de nos traits de caractère.


Le Bien et le Mal

Pour le comprendre, imaginons un instant un individu particulièrement généreux, toujours présent pour chaque cause communautaire ou pour aider une famille dans le besoin. Naturellement, on dira de cette personne qu’elle est altruiste, charitable et animée par le ’Hessed (la bonté) parce que sa nature la pousse à faire du Bien. Il y a là, incontestablement, une démarche positive et digne d’éloges. Mais ce n’est pas ce que la Thora attend de nous. Bien plus, pour les Maîtres du judaïsme, ce Bien s’appelle (finement) du Mal parce qu’il n’est pas le fruit d’un travail mais l’expression d’une nature, au même titre que le comportement d’un chien qui naturellement (et donc sans efforts) est attaché à son maître parce qu’il l’aime ! Etre bon, c’est agir dans le sens de la bonté, non par nature mais par un acte qui dépasse une tendance naturelle. On dira d’un homme qu’il est bon, non quand il donnera, mais quand il donnera au-delà de ses habitudes et de sa nature. Parce que D.ieu lui demande et non parce que cela lui plaît. Quand il parvient à orienter sa nature, et tous ces traits de caractère vers cette tendance, son effort aura pour nom « Lè’h lé’ha ». C’est un véritable départ.


Encore plus loin

Rachi, le grand commentateur du sens premier du texte le confirmera. Le verset nous dit « …Va pour toi, de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père… ». Rachi s’arrête sur les mots « de ton pays », pour s’étonner : « Avram avait déjà quitté son pays pour aller à ’Harane ? C’est qu’en fait, D.ieu voulait lui dire : éloigne-toi encore plus et quitte la maison de ton père ». Nous avons bien ici deux étapes : on doit changer nos mauvaises tendances naturelles puis, à la suite de cela, aller encore plus loin, s’éloigner encore plus pour atteindre l’essentiel : être Juif pour D.ieu et pour Lui seul.

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