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08 Décembre 2019 | 10, Kislev 5780 | Mise à jour le 04/12/2019 à 18h11

Rubrique Judaïsme

Parachath Toldoth : Un conflit en latence

Crédit : GUSTAVE DORÉ

C’est l’une des scènes les plus emblématiques de la Tradition biblique puisqu’elle décrit la bénédiction qu’Its’hak va donner à Yaakov. Its’hak attend Essav mais c’est Yaakov qui se présente devant son père pour subtiliser la bénédiction que son frère doit recevoir. Yaakov a donc les mains recouvertes de peaux de chèvre pour ressembler aux mains velues de son frère. Mais la vue de Its’hak a baissé, ce qui fera dire au patriarche que « …la voix est celle de Yaakov et les mains sont celles de Essav ». Et malgré ce doute, Its’hak bénira ce personnage ambigu. L’étonnement des commentateurs est évident : devant le doute ne vaut-il pas mieux s’abstenir ?

D’entrée de jeu, la réponse qu’ils nous proposent est une clarification. Its’hak est un Tsaddik, un Juste et la faiblesse de sa vue n’est pas un handicap qui lui brouille la voie à suivre. Il sait parfaitement qui est devant lui. En d’autres termes, il n’exprime pas un doute mais ses propos sont affirmatifs : il va bénir, car l’homme qui est devant lui est son digne héritier qui incarne la perfection ou la plénitude de l’identité juive. En quoi consiste cette plénitude ? La voix de Yaakov, c’est la voix de la prière et de l’étude alors que les mains de Essav symbolisent l’action. Est béni celui qui est capable de créer un pont entre la théorie et la pratique, de faire en sorte que la voie de l’étude et de la prière imprègnent l’action de sainteté.


Une voix affaiblie

Mais Its’hak veut délivrer un autre message. Le Midrash remarque que le mot « voix » est répété deux fois : la voix, c’est la voix de Yaakov, en ajoutant que le texte de la Thora modifie l’orthographe des deux mots : le premier est écrit sous une forme défective lqh (sans la lettre vav) alors que le second est écrit pleinement lwqh. Pour nous enseigner que lorsque la voix de l’étude et de la prière s’affaiblit, l’action devient celle de Essav : elle perd alors de sa valeur et n’est plus en mesure de se traduire efficacement dans la réalité. Le monde matériel est grossier, voire violent. Pour être maîtrisé, il doit être sous l’autorité d’une étude de la Thora et d’une prière authentique et sans compromis. Ce n’est qu’à cette condition qu’il pourra être mis au service de la spiritualité.


Une dualité menacée

Elargissant cette vision, nos Maîtres nous proposent une lecture nouvelle de la relation entre le peuple juif et ses ennemis, symbolisés par Essav. Ils expliquent que le seul moteur qui détermine la qualité de cette relation, c’est la voix (de la prière et de l’étude) de Yaakov et non le pouvoir de Essav. Au départ, existe effectivement, une dualité. Il y a d’un côté la spiritualité et de l’autre, la matérialité : si la voix de Yaakov est forte, les mains de Essav ne peuvent exercer aucune pression sur Yaakov. Mais si cette voix s’affaiblit, Essav a le pouvoir de s’introduire sur le territoire de Yaakov et de le menacer. Une réalité fondamentale se  dessine ici : nos ennemis ne sont pas forts. C’est la faiblesse de notre spiritualité qui leur donne le pouvoir de crier, de nous menacer. 

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