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13 Novembre 2019 | 15, Heshvan 5780 | Mise à jour le 12/11/2019 à 15h40

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Printemps libanais ou hiver iranien ?

Manifestation au Liban (Capture d'écran)

Le Liban entre dans une nouvelle phase d'instabilité, qui peut évoluer vers une réforme du régime, mais aussi la guerre civile ou l'emprise de l'Iran.

Jusqu'à présent, la démission du gouvernement Hariri n'a pas changé grand-chose. D'abord, parce que le Premier ministre sunnite reste en poste jusqu'à la formation du nouveau gouvernement. Ensuite, parce que les options politiques restent limitées. Les demeurent restent les mêmes et le partage du gâteau politique entre sunnites, chiites et chrétiens n'a pas vraiment de raison de se modifier. Après deux semaines de paralysie totale, le pays a pourtant repris une partie de ses activités. Les banques et les écoles ont rouvert, les principaux barrages routiers ont été levés, même si les manifestations n'ont pas cessé.

Les motivations pour une poursuite du mouvement ne manquent pas. Le Liban reste largement fragilisé par sa fragmentation confessionnelle, la corruption politique et un déficit public abyssal. La dette du pays, qui s'élève à 86 milliards de dollars, représente 150% du PIB et fait du Liban un des pays les plus endettés du monde. Au cours des dix dernières années, l'économie libanaise s'est constamment dégradée. Sans compter le poids économique des réfugiés. Le pays a accueilli plus d'un million et demi de Syriens qui ont fui la guerre civile et sont venus s'ajouter aux réfugiés palestiniens, pour former au total près d'un quart de la population. Et dans un pays où 36% des chômeurs sont des jeunes, le couvercle de la marmite sociale ne demande qu'à sauter.


Le Liban reste largement fragilisé 

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah reste prudent. L'organisation chiite, représentée au sein du gouvernement et au parlement, est également dans le collimateur des manifestants, qui l'accusent de porter une responsabilité dans l'état du pays, en détournant à son profit des budgets publics. Dans le discours qu'il a prononcé le 1er novembre, le patron du Hezbollah s'est borné à appeler au dialogue entre les différents blocs politiques et les représentants des contestataires, en vue de former un nouveau gouvernement. Ce qui n'a pas empêché ses miliciens de multiplier intimidations et actes de violence contre les manifestants depuis le début de la contestation. Fort de sa puissance militaire, le Hezbollah aurait les moyens de réprimer à lui seul la campagne de protestation et même de prendre les rênes du pays, si l'envie lui en prenait, ou si l'Iran lui en donnait l'ordre. Avec toutefois le risque que le soulèvement populaire tourne à la guerre civile, surtout considérant que les sanctions internationales déjà imposées au Hezbollah pour ses activités terroristes, ont un impact direct sur l'économie libanaise.

L'actuel mouvement de contestation est donc tout à la fois un danger et une opportunité pour le Liban. Une aide internationale, alimentée par les pays occidentaux et les monarchies du Golfe, pourrait être l'occasion de faire barrage à l'Iran, si elle était conditionnée par une limitation de la puissance politique et surtout militaire du Hezbollah, comme le réclame d'ailleurs Israël. 

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