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30 Mars 2020 | 5, Nisan 5780 | Mise à jour le 29/03/2020 à 10h11

Rubrique Culture/Télé

Patrice Abbou : « Ce livre est un ultime hommage à ma mère et à toutes les mères, toutes religions confondues »

Vous connaissiez Patrice Abbou comédien, auteur, humoriste, le voici désormais écrivain sur ses sujets de prédilection : la famille, la famille juive… et sa mère.

Actualité Juive: Pourquoi avoir choisi d'écrire ce livre où l'on retrouve l'univers de vos spectacles et de votre pièce de théâtre ?

Patrice Abbou : J’ai choisi d’écrire ce livre en ultime hommage à ma mère et à toutes les mères, toutes religions confondues. Car c’est un thème universel, tout le monde a, a eu ou aura une maman!  Pour ne pas oublier celle qui fut une femme incroyable, une mère irréprochable, une douceur de tous les instants. Et puis, je voulais absolument raconter les 7 jours de deuil dans une famille juive, avec les non-dits, les conflits, les secrets de famille… tout ça sous couvert de larmes, de rires, de joies, de peines… pour laisser une trace, que ce rite typiquement juif soit lu par le plus grand nombre afin d’expliquer les bienfaits de la Shiva sur nos petites personnes et la force qu’elle nous procure dans ces moments terribles de la perte d’un être cher.


A.J.: Est-ce difficile d'écrire sur soit, sur sa famille ? Quelle est la part d'autobiographie ?

PA : Par certains côtés, cela peut être difficile, car il faut faire appel aux souvenirs d’enfance, d’adolescence, d’adulte et tout cela remue les méninges, le manque, l’absence d’une mère et d’une famille soudée. Paradoxalement, c’est très salvateur de raconter ses peines d’ado, d’enfant, ses joies, ses bêtises, les réunions de famille auxquelles tout le monde peut s’identifier, s'y retrouver, se reconnaître… Et puis, on rit beaucoup dans ce roman, et dans une famille quelle qu’elle soit… Et la part d’autobiographie s’élève bien à 80% de vérité et 20% de fiction…car il faut romancer une histoire pour qu’elle soit attractive, intéressante, et ainsi tenir le lecteur en haleine comme un film avec des personnages hauts en couleurs, des rebondissements, des secrets...


A.J.: Le lecteur retrouvera ici avec plaisir "Tata Rama" l'une des héroïnes de vos sketchs. Avez-vous une tendresse particulière pour ce personnage si réel ?

PA: Oui j’ai une réelle tendresse pour Tata Rama, ma tante que j’aimais beaucoup. Déjà le nom est sujet à comédie, il fait rire les gens car il fait penser à du tarama, à un personnage de BD, de roman, à une histoire romanesque… On a tous une tante dans chaque famille, atypique, drôle, douce, gentille, tendre qui nous fait rire quelle que soit la situation de la vie que nous traversons. Et puis, ce personnage existe déjà par son nom d’où sa force et sa réelle existence.


A.J.: Vous écrivez que "la culpabilité est la deuxième religion de votre famille". Pensez vous que cela est typiquement juif ?

PA : Oui la culpabilité est la deuxième religion de ma famille.

Je ne sais pas si c’est typiquement juif! Je pense que la culpabilité existe dans toutes les familles catholiques, musulmanes, mais chez les juifs, plus. Je dirais même, elle rajoute en plus de la culpabilisation, c’est la culpabilité version XXL, « tu es coupable de ne pas avoir fait telle ou telle chose et en plus, on te fait culpabiliser tant que tu ne les as pas réalisées » Et là, vient se greffer cet humour juif qui nous sort d’une angoisse existentielle. Mais je pense sincèrement que toutes les familles connaissent cet état amer. 


« Les secrets de famille égrènent la littérature française »


A.J.: Le livre repose sur un secret, selon vous que serait la littérature ou l'art sans les secrets de famille ?

PA : Je pense que les secrets de famille égrènent  la littérature française, internationale depuis la nuit des temps. Car lorsqu’on raconte une histoire familiale, un secret nous permet de tenir le lecteur en haleine, d’y mettre du suspens toute la lecture durant, d’être surpris et surtout de faire ressortir les travers des personnages qu’ils soient tendres, drôles, gais, tristes, odieux… ce qui les rend profondément humains, et pourraient être notre voisin, cousin, boulanger, boucher… Les secrets existent dans toutes familles et lorsqu’on retrouve ces mensonges dans la littérature, on est presque rassuré et cela nous amène à réfléchir sur la condition humaine. 


A.J.: Quels sont vos projets ?

PA: Porter à l’écran : «Une mère juive ne meurt jamais». Si D.ieu veut. 


Patrice Abbou, Plon, 298 p, 19 euros

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