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14 Juillet 2020 | 22, Tammuz 5780 | Mise à jour le 13/07/2020 à 16h14

Chabbat Matot-Masseï : 21h29 - 22h48

Rubrique France/Politique

Adoption de la définition de l’IHRA : Chronique d’une résolution longue à venir

(Wikipedia)

Le 3 décembre dernier, l’Assemblée nationale a enfin adoptée une résolution éminemment symbolique puisqu’elle élargit l’antisémitisme à l’antisionisme. Retour sur un « accouchement » difficile…

Les positions antisionistes sont-elles antisémites ? Le débat est ancien ; les arguments sont connus. D’un côté, il devient difficile de nier que des antisémites masquent leur haine des Juifs derrière des propos antisionistes : Alain Soral et Dieudonné sont parmi les premiers à tenter d’échapper à la justice en remplaçant le terme « Juif » par « sioniste ». Et ils font des émules : par exemple, en février dernier, en marge d’un rassemblement des Gilets jaunes, Alain Finkielkraut reçoit comme insulte un « barre toi ! Sale sioniste de merde… » qui ne laisse guère de doute sur les préjugés antisémites de son auteur. 

D’un autre côté, ceux qui veulent continuer à distinguer antisémitisme et antisionisme ont une crainte (qui, pour certains d’entre eux, peut tout à fait être dénuée de « malice ») : sera-t-il encore possible de critiquer la politique menée par l’Etat d’Israël ? C’est ici que l’on se rend compte que ce terme d’antisionisme est particulièrement mal choisi : être antisioniste, n’est-ce pas vouloir – par définition – la disparition de l’Etat juif ? Si oui, le lien avec l’antisémitisme est avéré. Par contre, s’il s’agit simplement de critiquer la politique du gouvernement de l’Etat d’Israël, pourquoi ne pas utiliser un autre terme qui, lui, serait dénué d’ambiguïté. 

Mais si ce débat s’est à nouveau posé avec une forte acuité ces dernières années, c’est aussi parce que la France commence à prendre conscience qu’il n’existe pas que de l’antisémitisme catholique ou d’extrême-droite en son sein ; la société française est également « contaminée » par un puissant antisémitisme dans les quartiers populaires, émanant fréquemment d’enfants d’immigrés arabo-musulmans. Cet antisémitisme se caractérise notamment par une importation en France du conflit qui se joue au Proche-Orient : dès lors, les Juifs seraient les représentants d’Israël en France et, à ce titre, mériteraient d’être insultés et/ou frappés. Le lien entre antisémitisme et antisionisme est alors très difficile à évacuer. 

C’est d’ailleurs le président de la République lui-même, Emmanuel Macron, qui a affirmé qu’il était venu « le temps des actes » lors du dernier dîner du CRIF et que « l’antisionisme était une forme moderne de l’antisémitisme ». Aussi, le député La République en Marche (LREM) de Paris, Sylvain Maillard, par ailleurs président du groupe d’étude sur l’antisémitisme à l’Assemblée nationale, propose rapidement d’adopter une résolution non contraignante, ratifiant la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l'holocauste (IHRA) qui avance que l’antisémitisme « englobe les manifestations de haine à l’égard de l’État d’Israël justifiées par la seule perception de ce dernier comme collectivité juive. » 

On croit l’affaire entendue avant l’été et pourtant, c’est du sein même de LREM, que des oppositions viendront repousser le vote de la résolution. Il existe clairement sur cette question un dissensus à l’intérieur du groupe majoritaire à l’AN : il faut ainsi se rappeler qu’en septembre 2018 Laetitia Avia, députée de Paris LREM rendait un ambitieux rapport visant à renforcer la lutte contre le racisme et l'antisémitisme sur Internet (avec l’écrivain K. Amellal et G. Taieb, vice-président du CRIF). Le vote de la résolution, finalement intervenue le 3 décembre dernier, démontre d’ailleurs à nouveau la cassure qui existe au sein de la majorité parlementaire sur ce sujet : sur les 269 députés qui ont assisté au vote, seules 154 voix se sont avérées favorables. 

Si le soutien des Républicains, de l’UDI et d’Agir était sans ambigüité, on ne peut en dire de même de LREM (84 pour et 26 contre, beaucoup d’abstentions ou d’absences) ou encore du MODEM (5 pour, 5 contre). Le vote est donc intervenu aux « forceps » mais c’est tout de même un vote. Il est certainement bon à prendre… Reste à observer le prochain vote du Sénat puis, si la résolution est bien confirmée, la caractérisation juridique qui pourrait en être donnée.

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