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14 Juillet 2020 | 22, Tammuz 5780 | Mise à jour le 13/07/2020 à 16h14

Chabbat Matot-Masseï : 21h29 - 22h48

Rubrique France/Politique

Cimetière de Westhoffen : De quoi ces profanations sont-elles le nom ?

Les tombes juives profanées du cimetière alsacien. (DR)

Nous avons demandé au sociologue Freddy Raphaël, spécialiste du judaïsme alsacien, et au psychanalyste Daniel Lemler, président de l’association « Mémoires vivantes de la Shoah » de répondre brièvement à cette question délicate.

« Ces profanations sont le nom d’un phénomène très complexe qu’il ne faudrait surtout pas simplifier. Il y a une base historique précise qui tient au rapport de l’Alsace aux Juifs à travers le temps. Des rapports qui furent tantôt d’accueil et de proximité, tantôt de précarité et de rejet parfois total. Dans certains pans de la société – dans d’autres pas du tout-, l’antisémitisme s’est constamment recyclé à travers le temps. Aujourd’hui, un certain nombre de gens vivent douloureusement le déni de leur identité contenu dans la disparition politique de l’Alsace (englobée en 2016 dans le Grand Est, ndlr) qu’ils vivent comme une non-reconnaissance d’une particularité. Chez certains, cette colère peut pousser à une volonté de s’en prendre à l’étranger, au non-enraciné. Et le juif représente cet étranger. Mais il ne faudrait surtout pas réduire l’Alsace à ça. En Alsace, et notamment à la campagne, beaucoup de gens se sentent enrichis par la présence juive. Il y a parallèlement à une tendance antisémite un mouvement croissant de sympathie vis-à-vis des Juifs et de reconnaissance entre les communautés. »  

   « Puisque vous me demandez de répondre brièvement à cette question je dirais que ces profanations sont le nom de la déshumanisation de la société, de la réduction de la Parole à la portion congrue, de la perte de sens de la Loi. Ces actes expriment de l’antisémitisme mais il ne s’agit pas que de ça. Les profanateurs sont des gamins et je ne suis pas certain qu’ils soient très structurés idéologiquement. Ils s’en prennent à des cimetières en tant que ce sont des lieux sacrés, mais font-ils la différence entre ce qui est sacré et profane ? Des anthropologues ont montré que la civilisation humaine commence avec l’inhumation des morts. Le fait de s’en prendre aux morts est donc très parlant et montre que quelque chose ne fonctionne pas. Les profanations (la majorité des profanations visent d’ailleurs des cimetières chrétiens) sont un symptôme du mal-être de notre société. (…) La question juive - et celle de l’antisémitisme, qui est un phénomène universel qui touche aussi les Juifs – c’est celle de la transmission et au-delà celle de la capacité à vivre avec celui qui est différent de moi. »

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