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05 Décembre 2020 | 19, Kislev 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique France/Politique

Jean-Louis Debré : « Une détermination à lutter contre toutes les haines »

Crédit : Julien Faure / Leextra / Editions laffont

À Westhoffen la semaine dernière, toutes les tombes de la famille l’ex-président du Conseil constitutionnel et de nombreuses autres ont été profanées. Jean-Louis Debré, qui a récemment publié un livre (1) dans lequel il revient sur ses origines et l’histoire de sa famille, nous confie ses sentiments.

Actualité Juive: Retrouver le cimetière de Westhoffen profané alors qu’il en est question dans votre livre, a dû être une concordance des temps extrêmement douloureuse…

Jean-Louis Debré : Cela a été un choc. J’ai appris cette profanation quelques heures après être allé au Père-Lachaise sur la tombe de mon arrière-grand-père, le grand rabbin Simon Debré, pour lequel j’ai une immense admiration. Toute l’histoire de ma famille est partie de Westhoffen. À l’âge de dix-huit ans, Simon a décidé de quitter cette commune passée sous souveraineté allemande, pour ne pas trahir la République qui avait donné à ses ancêtres une terre patrie. Il y a laissé ses parents trop vieux pour partir. Lorsque vous rentrez dans ce cimetière de Westhoffen, où sont enterrées des familles qui ont perdu des parents dans la guerre et que vous voyez toutes ces croix gammées sur ces tombes, vous ressentez une colère monter en vous.  Or ce n’est pas celle-ci qui doit s’extérioriser, mais la détermination. Une détermination à lutter, plus que jamais, contre toutes les haines et notamment le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie.


A.J.: La profanation du cimetière de Westhoffen a été commise mardi dernier, au moment où l’Assemblée nationale votait l’adoption de la définition de l’antisémitisme qui inclut parmi ses formes l’antisionisme. Auriez-vous vous-même voté ce texte ? 

J-L. D. : Je ne le pense pas. À mon sens, l’Assemblée nationale vote la loi avec des conséquences juridiques. Or, cette résolution n’en a aucune. De plus, je pense que c’est la haine, toute haine, qu’il faut sanctionner et nous avons dans la constitution ainsi que dans la Déclaration des Droits de l’homme, tous les moyens de le faire.  Ne multiplions pas les textes ni les déclarations de principe. Allons plutôt expliquer dans les écoles que la loi de séparation de l’Église et de l’État constitue le pilier de la République et que l’antisémitisme n’est pas une démarche républicaine. 

 

A.J.: Avant de mourir, votre père Michel Debré vous avait demandé de ne jamais oublier ce petit village de Westhoffen…

J-L. D. : En effet. Nous avons vu il y a quelques temps la disparition du dernier juif de Westhoffen. La synagogue était en péril et le maire s’est tourné vers moi pour que nous trouvions ensemble des moyens financiers pour la sauvegarder. Cette synagogue a été le symbole de la présence des Juifs dans cette commune. Mon arrière-arrière-grand-père, le père du grand rabbin Simon Debré, avait été le premier élu juif de Westhoffen. Une des premières décisions de la municipalité à laquelle il appartenait avait été de faire en sorte que toutes les religions aient un lieu de culte et que chacun se respecte. 


« J’ai vécu la profanation du cimetière de Westhoffen comme un choc »


A.J.: Il y a quelques temps, une personne est venue vous remettre un certain nombre d’écrits qui avaient appartenu à votre arrière-grand père. Comment avez-vous réagi à la découverte de ces documents ? 

J-L. D. : Je n’avais jamais lu aucun texte du grand rabbin et j’ai trouvé que ses écrits étaient d’une remarquable actualité. Son livre L’humour judéo-alsacien notamment, qui était son cri d’angoisse vis-à-vis du fait que beaucoup de Juifs quittaient la campagne pour aller à la ville et perdaient ainsi le sens de la religion… Cet humour est aussi une religion. Appartenir à une religion doit se faire dans la joie et il faut être heureux d’être ce que l’on est. Simon était un homme profondément juif, profondément religieux et profondément joyeux. J’ai appris par ailleurs que c’était lui qui avait introduit de la musique dans sa synagogue, tout comme il l’avait ouverte aux femmes et aux enfants pour en faire un lieu où les Juifs aimaient se retrouver. 


A.J.: Quelle est votre relation au judaïsme ?

J-L. D. : Comme je le dis, je suis très fier d’être issu d’une famille juive. Une famille compliquée, mais pénétrée des valeurs du judaïsme. Le nom de Debré vient de la racine de Devarim, les paroles. Le fils du grand-rabbin [Robert] est par la suite devenu agnostique, mais très tolérant et admiratif des rites juifs. Quant à mon père [Michel], qui est le petit-fils d’un grand rabbin, lorsqu’il a été arrêté par les Allemands puis enfermé, il s’est converti au catholicisme. Mais en recherchant dans les archives, je me suis rendu compte que son acte de baptême était faux et qu’il avait été fait pour le sauver de Vichy. Ainsi, quelles que soient leurs appartenances religieuses, ces trois générations sont toutes des fils de la laïcité. Ce quatrième pilier que la République a trouvé.

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