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25 Septembre 2020 | 7, Tishri 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Chabbat Haazinou - Chabbat Chouva : 19h06 - 20h09

Rubrique France/Politique

Sylvain Maillard : « Je ne m’attendais pas à autant de contestation sur une chose aussi évidente »

(DR)

Le député LREM de Paris qui a porté la résolution visant à lutter contre les nouvelles formes de l’antisémitisme revient sur le long processus qui a permis son adoption.

Actualité juive: Élargir la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme, comme l’avait formulé auparavant le président de la République et sans que cette définition soit contraignante… Vous attendiez-vous à autant de difficultés pour faire adopter cette résolution ? 

Sylvain Maillard : Je m’attendais à des oppositions même si j’en ai certainement sous-estimé certaines. Il aura en effet fallu plusieurs mois d’échanges avec l’ensemble des députés, plusieurs auditions, avant de trouver un équilibre dans un texte et obtenir une majorité assez ferme pour voter son adoption. Je suis malgré tout heureux que l’on ait pu obtenir un vote clair à l’Assemblée nationale ce mardi 3 décembre. Il s’agissait d’une résolution trans-partisane et je suis satisfait qu’au sein de notre groupe, nous ayons obtenu une majorité très claire là-dessus.


A.J.: De quoi toutes ces oppositions auxquelles vous avez dû faire face sont-elles le nom ? 

S.M. : On nous a fait plusieurs reproches assez différents. Certaines concernaient le timing, d’autres renvoyaient à une peur de ne pas, ou de ne plus pouvoir contester la politique du gouvernement israélien. On a contesté aussi le fait que l’antisionisme pouvait être le faux-nez de l’antisémitisme. Beaucoup de choses différentes ont été évoquées. Mon travail a été de démonter ces contestations les unes après les autres. Il a aussi fallu répondre aux interrogations de nombreux députés et trouver les arguments pour prouver que l’adoption de cette définition faite par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) était juste une évidence. 


A.J.: Estimez-vous avoir été, au long de ces derniers mois, suffisamment entendu ? 

S.M. : Je pense qu’il était important que l’on ait ce débat même si celui-ci était dur et que sa préparation en amont était difficile. Il faut que l’on puisse parler de tout au sein de l’hémicycle et parler de l’antisémitisme me semblait important. 


A.J.: Que faire désormais de cette définition qui n’a pas de valeur contraignante ? 

S.M. : La Dilcrah s’en est déjà saisie. Elle forme les policiers à reconnaître l’antisémitisme selon cette définition. Il y aura aussi une formation professionnelle sur l’antisémitisme sur la base de cette définition pour les juges tout au long de leur carrière. Idem pour les enseignants qui, dans leur formation initiale puis au cours de leur formation continue, telle que la met en place le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer étudieront ce volet antisémitisme qui sera basé sur cette définition et qui leur permettra de détecter et de reconnaître l’antisémitisme. Les implications sont donc concrètes, même si elles prendront du temps. En tant que députés, nous voulions un acte symbolique et d’éducation. Le symbole a été voté. L’éducation est déjà en place et elle va désormais s’accélérer. 


A.J.: Vous êtes le président du groupe d’étude sur l’antisémitisme à l’Assemblée nationale. Quels vont-être vos prochains défis à relever ? 

S.M. : L’adoption de cette définition a demandé, vous l’avez constaté, énormément d’énergie. Je vais profiter des quelques jours jusqu’à Noël pour prendre du recul et analyser quels seront les prochains enjeux. Il s’agira probablement d’aller voir comment concrètement va se mettre en place l’adoption de cette définition. Comment celle-ci va s’appliquer dans les processus de formation. S’il est important qu’un député vote des lois ou des résolutions, il est aussi essentiel qu’il aille ensuite sur le terrain pour constater la façon dont elles sont ensuite appliquées. Jusqu’à la fin de mon mandat, il me tiendra à cœur d’aller concrètement m’assurer que tout s’applique comme nous l’avons voté.

 

« Mon travail a été de démonter les oppositions les unes après les autres »


A.J.: Vous avez subi énormément de pressions au cours des derniers mois. Vous y attendiez-vous ?

S.M. : La pression a été très forte et je ne m’attendais pas à autant de contestation  sur quelque chose qui me semblait assez évident. À savoir, une définition affirmée par le président de la République, reconnue par le Parlement européen et endossée par seize pays de l’Union européenne. J’ai donné tout mon cœur pour convaincre tous les députés. Je suis allé à leur rencontre, j’ai organisé des réunions, des rencontres one-to-one. Je crois avoir été très respectueux dans ce débat et j’ai essayé de convaincre jusqu’au bout, jusqu’au jour même du vote. Je demeure convaincu qu’il faut avoir la main forte lorsque l’on parle d’antisémitisme. Bien évidemment, je n’oublie pas les autres haines mais je pense que la haine antisémite a des caractéristiques particulières. Il faut donc la traiter avec une grande attention.

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