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26 Septembre 2020 | 8, Tishri 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Yom Kippour : 18h57 - 20h01

Rubrique France/Politique

Irresponsabilité de l’assassin de Sarah Halimi : L’arrêt que personne ne comprend

Cette décision ajoute de la stupéfaction à la douleur des familles. (DR)

Il a beau avoir clamé haut et fort avoir « tué le Sheitan », après avoir jeté par la fenêtre le corps de Sarah Halimi, Kobili Traoré est, selon la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, irresponsable de cet assassinat.

Coup de massue jeudi 19 décembre à la déclaration par la cour d’appel de Paris de l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré, celui qui, dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, avait massacré puis défenestré la malheureuse Sarah Halimi depuis son domicile du XIe arrondissement.

Malgré les divergences de points de vue entre les experts médicaux et malgré les nombreux éléments rapportés par les avocats des parties civiles, la cour   d’appel a estimé que « le sujet a présenté une bouffée délirante caractérisée d’origine exotoxique ; orientant plutôt classiquement vers une abolition du discernement (…) compte tenu qu’au moment des faits son libre arbitre était nul et qu’il n’avait jamais présenté de tels troubles antérieurement ». 

« La circonstance qu’il ait été condamné à trois reprises pour infraction à la législation sur les stupéfiants n’établit pas qu’il savait que la consommation de cannabis risquait de déclencher chez lui une bouffée délirante aiguë », peut-on encore lire dans les attendus de l’arrêt que nous nous sommes procuré. « Il n’existe donc pas de doute sur l’existence, chez Kobili Traoré, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique, ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes », peut-on encore lire plus loin. 

Malgré le pourvoi en cassation rapidement annoncé par les avocats de la famille de Sarah Halimi, cette décision rendue en première instance a rajouté de la stupéfaction à la douleur. Avec cette décision, la cour crée une « jurisprudence Sarah Halimi », s’est indigné Me Francis Szpiner, l’avocat des enfants Halimi. « C’est-à-dire que toute personne qui sera atteinte d’une bouffée délirante parce qu’elle a consommé des substances illicites et dangereuses pour la santé se verra exonérée de sa responsabilité pénale », a-t-il dénoncé. 

Me William Golnadel, avocat de la soeur de la victime, a quant à lui indiqué avoir fourni à la cour d’appel un récent arrêt de la cour de cassation indiquant qu’en cas de contraction entre plusieurs expertises, comme c’est le cas ici, c’est à la cour d’assises d’arbitrer. « J’attends donc de la Cour de cassation qu’elle se conforme à sa propre jurisprudence ».

Dans une lettre ouverte adressée à la procureure générale de la cour d’appel de Paris, le président du Crif Francis Kalifat s’insurge également. « Votre Parquet souhaite-t-il installer une nouvelle jurisprudence dans notre pays qui ferait du cannabis un facteur excusant lorsqu’il s’agit d’un meurtre antisémite alors qu’il est un facteur aggravant pour tous les autres délits », écrit-il. « Au-delà de ma propre incompréhension, ce sont tous les Français juifs qui sont plongés dans un état de consternation collective et qui désormais savent que l’on peut dans notre pays, torturer et tuer des Juifs de sang-froid  sans pour autant être jugé. Ce n’est pas retenir les leçons de l’Histoire que d’y consentir », poursuit-il. De là à perdre foi en la Justice, il n’y a qu’un pas.

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