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26 Septembre 2020 | 8, Tishri 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Yom Kippour : 18h57 - 20h01

Rubrique France/Politique

Maitre Muriel Ouaknine-Melki : « Nous porterons le combat jusqu’au bout et nous ne lâcherons rien »

Avec les avocats Oudy Bloch, Stéphanie Cohen et Nicolas Benouaiche, la présidente de l’OJE (l’Organisation Juive Européenne) défend les intérêts du frère et de la belle-sœur de Sarah Halimi. Elle revient sur l’arrêt inique rendu par la Cour d’appel de Paris.

Actualité Juive: L’arrêt rendu le 19 décembre est truffé d'incohérences et suscite l'incompréhension générale. Comment a-t-on pu en arriver à une telle décision ?

Me Ouaknine Melki: Cet arrêt est finalement la suite logique d’une affaire qui a démarré avec une première incompréhension, à savoir l’inertie de la police qui était présente sur les lieux du crime au moment où Sarah Halimi était encore en vie, et qui n’est intervenue qu’une fois le crime accompli.

Cet arrêt est la suite logique d’une instruction totalement irrationnelle qui a été menée en dépit du bon sens, et uniquement à décharge par la juge d’instruction.

Toutes les demandes d’actes d’investigation des parties civiles ont été refusées : la reconstitution, la circonstance aggravante d’acte de torture et de barbarie, la préméditation, les investigations sur le téléphone portable de l’assassin, les investigations à la mosquée salafiste qu’il fréquentait…

Cet arrêt est enfin la suite logique d’un désaccord extraordinaire entre le Procureur de la République qui souhaitait le renvoi de Kobili Traoré devant une cour d’assises le jugeant suffisamment responsable, et le Parquet Général qui s’y est opposé farouchement et a requis l’irresponsabilité pénale.


A.J.: Kobili Traoré avait déjà dans le passé été condamné une vingtaine de fois pour usage de stupéfiants et violence. Comment la cour a-t-elle pu considérer qu’il ne connaissait pas les effets possibles du cannabis sur son psychisme ?

M. O. M. : En effet, la cour a considéré que malgré toutes ces condamnations, dont la plupart en rapport avec la cession de stupéfiants, Kobili Traoré ne pouvait pas savoir à l’avance que la consommation de cannabis provoquerait chez lui une bouffée aiguë délirante, et en a déduit son irresponsabilité pénale.

Ainsi, quelqu’un dont on n’a pas démontré qu’il pouvait savoir à l’avance les effets qu’aurait le cannabis sur son métabolisme et sur son psychisme, voit sa responsabilité pénale disparaître.

Ce raisonnement est totalement en dehors du droit habituel et du bon sens.


A.J.: Le caractère antisémite de l'assassinat de Sarah Halimi a été reconnu. L'antisémitisme est, par nature, antérieur à l'acte lui-même. Comment expliquer qu'il n'ait pas permis de reconnaître le caractère volontaire et réfléchi de l'assassinat?

M. O. M. : C’est là aussi toute l’incohérence de la décision de la chambre de l’instruction qui a suivi la position du parquet général et qui considère qu’il y aurait un antisémitisme prégnant chez Kobili Traoré. Cet antisémitisme aurait été exacerbé à la vision du chandelier et du livre de Torah présents chez Sarah Halimi et il aurait décuplé la rage de l’assassin. C’est en ce sens que la chambre d’instruction considère que c’est un crime antisémite. Or, le caractère antisémite de l’assassinat de Sarah Halimi ne réside évidemment pas uniquement dans la vision de ces objets religieux mais dans le fait qu’il ait choisi sciemment sa victime. 

Kobili Traoré ne s’en est pas pris à ses voisins, la famille Diarra, lorsqu’il s’est introduit chez eux pour emprunter leur balcon lui permettant d’aller chez Sarah Halimi.

Il ne s’est pas introduit dans n’importe quel appartement, mais bien dans celui de la femme juive qui vivait seule.

Lors de l’audience, il a reconnu qu’il fréquentait de manière assidue la mosquée salafiste Omar du onzième arrondissement, à partir de laquelle sont partis nombre de candidats au djihad et dans laquelle il se trouvait toute la  journée, jusque tard le soir, la veille de l’assassinat.

« Le contexte de l’antisémitisme ne peut être ignoré par ces magistrats »


A.J.: L'onde de choc qu'a provoqué ce jugement est énorme, d'autant que celui-ci a été rendu par une des cours les plus importantes. Allons-nous vers une défiance la Justice française ?

M. O. M. : Le refus de juger l’assassin d’une femme juive est profondément injuste et inadmissible et ce d’autant plus, que le contexte de l’antisémitisme ne peut être ignoré par ces magistrats.

Mais cette affaire est catastrophique et dépasse le cas de Sarah Halimi en tant qu’affaire antisémite. Elle touche l’ensemble des citoyens qui, demain pourront aussi être agressés, renversés, tués par un autre Kobili Traoré, et qui verront leur assassin échapper à toute sanction grâce à une consommation de cannabis ou d’alcool.

Cette affaire bouleverse l’ordre public, et il faut impérativement que cet ordre soit rétabli au plus vite.

Nos institutions sont en train de céder face à l’islam radical, et nous sommes en première ligne ! Nous tirons la sonnette d’alarme !

La première étape est la mobilisation de notre Garde des Sceaux qui dirige la politique pénale du Parquet Général, et qui serait bien inspirée d’inviter celui-ci, à former lui aussi un pourvoi en cassation contre l’arrêt inique et injuste rendu par la Cour.

Nous porterons nous, avocats de l’OJE, le combat jusqu’à son terme et ne lâcherons rien ! 

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