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27 Janvier 2020 | 1er, Shevat 5780 | Mise à jour le 27/01/2020 à 16h58

Rubrique France/Politique

William Attal : « C’est une énorme erreur judiciaire »

Pour le frère de Sarah Halimi, ce jugement est incompréhensible. Il dénonce une « énorme erreur judiciaire ».

Actualité Juive : Quelle est votre réaction au jugement rendu par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris ?  

William Attal : Ma réaction est aussi celle des enfants de Sarah Halimi. Connaissant parfaitement le déroulement de l’affaire, le dossier et les dessous du dossier qui n’ont jamais pu être révélés, nous pensons que c’est une énorme injustice. Nous sommes en présence d’une énorme erreur judiciaire qui se rapproche d’une affaire Dreyfus toutes proportions gardées et je n’ai pas peur de le dire. Nous sommes mal. Nous sommes malheureux. Ma sœur ne méritait pas une telle décision de justice. Je pense à Sarah, à sa droiture et à tout le bien qu’elle a accompli dans sa vie et je me dis que son assassin doit bien rire d’avoir berné et je dis bien berné la justice. Ce musulman islamisé, radicalisé et antisémite a massacré une grand-mère juive en pénétrant dans son appartement en pleine nuit. Cet individu a commis un acte d’une grande gravité et il est d’une extrême dangerosité mais que fait la justice de mon pays ? Elle le remet en liberté. 

A.J.: Comment expliquez-vous la décision du Juge ? 

W.A. : Je ne peux pas permettre de faire un procès d’intention à qui ce soit. Mais nous parlerons. Il y a dans l’affaire de ma sœur une multitude d’incohérences et de contradictions. Qu’a-t-on appris à la dernière chambre d’Instruction ? Qu’on ne savait pas et qu’on ne pouvait même pas supposer : que l’assassin depuis un an, peut-être deux, était sans médicament, sans soin et sans traitement. Il n’a donc aucune maladie mentale et aucune abolition du discernement. Sauf quand il a massacré ma sœur. Ni avant, ni après. C’est incroyable, mais c’est la réalité. Je peux vous dire que rien ne nous a été épargné. Et je dois dire aussi qu’on a beaucoup facilité la vie de cet assassin. Quand il ne répondait pas à une question sur deux car elle était embarrassante, les experts concluaient qu’il souffrait d’amnésie partielle. C’est remarquable. Il a berné tout le monde. Nous avons aussi appris dernièrement que son téléphone portable qui a été saisi n’avait pas été investigué. Comment est-ce possible qu’à notre époque, on n’investigue pas le téléphone portable d’un assassin qui défenestre une femme juive en criant « Alla Ouakbar » ? Pareil aussi, on nous a caché pendant la procédure que l’assassin allait cinq fois par jour à la mosquée salafiste. C’était un délinquant. Il l’était depuis dix ans et avait vingt-deux condamnations ; la consommation de cannabis ne l’a pas changé. Vous savez, le parcours de Traoré, c’est le parcours de Coulibaly, de Merah. Une petite délinquance qui s’accroît, qui s’accroît, des séjours en prison et une fois sortis, une fréquentation assidue de mosquées salafistes. A partir de là, les ingrédients sont constitués. 

A.J.: Vous n’avez cessé de soulever des points allant dans le sens de la préméditation. Comment raisonnablement expliquer ce refus de la justice de la reconnaître ? 

W.A. : Nous pensons, la famille et les avocats, que nous sommes  véritablement en présence d’une énorme erreur judiciaire. Le matin de l’assassinat, Kobili Traoré dit à ses parents et à Mr Diara après une dispute familiale sur son avenir : « Ne vous inquiétez pas, ce soir tout sera terminé ». Cela pouvait être un élément annonciateur. Ensuite, les déclarations de l’assassin : on l’a cru sur parole. Pas grand chose n’a été recoupé. Quand il a tué ma soeur, il a été écrit dans les rapports que Traoré tenait des propos incohérents mais je pense exactement le contraire. Tous ses propos étaient signifiants. Quand il dit qu’il ne savait pas où il allait en allant chez madame Halimi, je veux bien le croire ! Mais alors il a une lucidité sélective car quand il s’est levé à 4 heures du matin, il n’a frappé à aucune autre porte que celle de Mr Diara au 3e étage qu’il a donc reconnu et dont l’appartement a le balcon mitoyen à celui de ma sœur. Dans la journée même de l’assassinat, Kobili Traoré a été chez Mr Diara. On aurait pu lui demander pourquoi cette visite alors qu’il n’y allait jamais. N’est-il pas entré dans cet appartement et en particulier sur le balcon pour voir – de jour - si le balcon de ma s?ur était ouvert ? Sur la nuit du meurtre, quand il arrive pieds nus, avec des vêtements de rechange et un tapis de prière et qu’il crie « Ça va être la mort », bien sûr, on peut dire que c’est par hasard, mais n’était-ce pas encore un signe annonciateur ? Et pourquoi une tenue de rechange ? Peut-être parce qu’il pensait qu’il aurait besoin de se changer ? Et pourquoi le tapis ? Peut-être parce qu’il avait prévu de prier ? Après avoir récité une des sourates du Coran qui est l’une des pires en matière d’antisémitisme - 90 % de la sourate insulte les juifs et les infidèles - Traoré a dit qu’il a eu besoin d’aller sur le balcon. Le seul et unique moyen de pouvoir pénétrer chez ma sœur. 

A.J.: Un pourvoi en cassation a été lancé par vos avocats. Avez-vous bon espoir ? 

W.A. : On dit que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir alors nous gardons espoir, mais nous sommes dans une situation très difficile. 

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