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10 Avril 2020 | 16, Nisan 5780 | Mise à jour le 08/04/2020 à 16h38

Rubrique Judaïsme

Parachath Vayétsé : Une prière dans la nuit

Crédit : Michael Willmann

C’est Yaakov, le troisième patriarche qui est au cœur de notre paracha parce qu’il va littéralement sortir (Vayétsé-Il sortit) du cadre familial pour fonder sa propre famille, sur une terre hostile où aucun danger ne lui sera épargné. Mais le début de notre paracha, soutenu par le Talmud, nous apprend que Yaakov, surpris par la nuit, se mit à prier et institua la prière du soir (1), Arvith, malgré les circonstances quelque peu déroutantes de cette prière.

Rachi nous explique, en effet, dans son commentaire, au début de la paracha, que cette prière ne fut pas instituée naturellement. Citant le Talmud (2), il nous apprend que le chemin se contracta afin que Yaakov arrive immédiatement à Yérouchalaïm pour y dire la prière de la nuit. Force est donc d’admettre qu’il existe une relation entre cette prière et le rétrécissement du chemin ! C’est cette relation qui fera l’objet de notre réflexion


Sans limite

Mais avant de s’y consacrer, nous devons rapporter une précision au sujet de cette prière. Elle est appelée « Réchouth » par nos Maîtres du Talmud qui signifie « facultative » (3). Dans les premiers temps, elle n’avait pas de caractère obligatoire jusqu’à ce que le peuple juif fasse d’elle, une prière obligatoire, au même titre que la prière du matin et la prière de l’après-midi. Et les commentateurs de demander : pourquoi en est-il ainsi ? La réponse se trouve encore dans le Talmud (4) qui associe Yaakov à la notion d’héritage « sans limite ». Il en va de même pour la prière du soir (associée à Yaakov) qui est tellement élevée qu’elle ne peut venir d’un travail humain. C’est pourquoi cette prière est liée à l’idée de rétrécissement du chemin : le texte nous dit, au début de la paracha, que Yaakov atteignit l’endroit (Yérouchalaïm) parce que D.ieu réduisit la longueur du chemin. Réduire la distance entre deux points, c’est faire fi d’une gradation naturelle qui suppose l’idée de limite et qui s’inscrit dans un travail humain. En réduisant la distance, D.ieu imposa la marque de l’Infini dans l’espace, au même titre que la prière de Arvith qui vient d’En Haut, sans rapport avec la volonté humaine. 


Les cendres  des sacrifices

On trouve une allusion à cette idée dans le fait que la prière de Arvith est dite la nuit, un temps d’obscurité où naturellement, rien n’est visible. Comme pour nous dire que nous n’avons pas accès, de par nous-mêmes, au niveau élevé de cette prière. De là, on comprend, qu’elle requiert de l’homme une profonde humilité devant la révélation d’un tel niveau. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle, cette prière n’est pas associée à l’un des deux sacrifices quotidiens du Temple. Toujours dans le Talmud, les Maîtres associent la prière du matin au sacrifice quotidien du matin et la prière de l’après-midi au sacrifice quotidien de l’après-midi mais pour la prière du soir aucun sacrifice ne lui correspond. Toutefois, ils trouvent une équivalence entre la prière du soir et les cendres des deux premiers sacrifices de la journée. Pour comprendre, dans le même esprit que le commentaire précédent, que l’humilité (les cendres) reste la vertu fondamentale pour être le réceptacle de la bénédiction divine. 


Notes :

(1)Traité Béra’hoth, p.26b

(2) Traité ’Houline, p. 91b 

(3) Traité Béra’hoth, p. 4b 

(4) Traité Chabbath, p. 118a

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