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27 Janvier 2020 | 1er, Shevat 5780 | Mise à jour le 27/01/2020 à 16h58

Rubrique Judaïsme

Parachath Vaychlah : La conscience du bonheur

(Francesco_Hayez)

Malgré la multitude de thèmes qui la composent, la paracha de cette semaine tourne autour de la rencontre entre Yaakov et Essav (Esaü) après plus de 35 ans de séparation. Sur le point de le revoir, Yaakov adresse une prière étonnante vers D.ieu, une prière qui, de prime abord, ne se justifie pas…

« Sauve-moi, je t’en prie de la main de mon frère, de la main de Essav, car je le crains, de peur qu’il ne vienne et ne me frappe, joignant la mère sur les fils » (1). C’est avec ces mots qu’il s’approche de son frère, mais les commentateurs s’étonnent du contenu de cette prière : la crainte de Yaakov n’était pas fondée puisque D.ieu l’avait assuré de Sa protection ! Cette difficulté trouve une explication dans le Talmud (2) : peut-être les fautes du patriarche ont-elles diminué le mérite d’être protégé par D.ieu ! Mais cet argument n’est pas satisfaisant. Yaakov était un Tsaddik, un Juste qui connaissait parfaitement la qualité de son rapport à D.ieu, et de ce point de vue là, il savait qu’il n’avait pas fauté. Et même s’il avait commis la moindre faute, il se serait tout de suite repenti ! La réponse à cette problématique se trouve dans le verset qui précède celui où se trouve la prière de Yaakov. Devant D.ieu, Yaakov affirme : « Je suis petit pour toutes les bontés…que Tu m’as accordées… ». Yaakov exprime ici, un sentiment tout à fait extraordinaire que peu d’individus sont moralement capables d’exprimer. En règle générale, plus un homme reçoit, plus il estime  qu’il mérite de recevoir encore plus. Pour le judaïsme, et Yaakov symbolise l’esprit authentique du judaïsme, plus un homme est gratifié de biens célestes, plus il doit se faire petit, car ces biens célestes sont l’expression de la proximité de D.ieu envers cet homme. Et devant D.ieu, peut-on manifester, le moindre sentiment d’orgueil ?


Une nouvelle étape


Tout devient clair à présent. Yaakov savait que son service de D.ieu était au sommet de la perfection, sans la moindre trace de faute. Mais du fait de sa nouvelle proximité avec D.ieu (due aux bienfaits divins qu’il reçut), il sentait qu’il devait à présent s’élever à un degré supérieur. Quand il gravit ce nouvel échelon dans la sainteté, il prit conscience que son judaïsme de l’étape précédente avait l’aspect d’une faute, comparé à son nouveau degré. C’est pourquoi, il exprima une crainte dans sa prière : « les fautes » de son état antérieur pouvaient lui faire perdre le mérite de la protection divine.


Le plus beau cadeau


De la réaction de Yaakov, nous pouvons tirer un formidable enseignement. Nombreux sont ceux qui cherchent la voie conduisant à l’humilité et peinent, pour de multiples raisons, à la trouver. Pour y parvenir, il suffit de peu de choses : c’est la conscience que notre vie est le plus beau cadeau de D.ieu. Le fait de pouvoir marcher, parler, entendre, voir, sourire ou penser, est la plus belle expression de la proximité de D.ieu envers nous. Reconnaître la valeur infinie de ces détails de la vie doit naturellement nous amener à des sentiments comme la simplicité ou l’humilié devant D.ieu et les hommes. Et quand le Midrash nous dit que l’on devrait remercier le Créateur pour chaque respiration, pouvons-nous encore élever la tête et nous sentir plus grands que le plus petit des hommes ? 


Notes :

(1) Béréchith, chap. 32,verset 12

(2) Traité Chabbath, p. 32a

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