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22 Septembre 2020 | 4, Tishri 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Chabbat Haazinou - Chabbat Chouva : 19h06 - 20h09

Rubrique Judaïsme

Hanouka : Les différentes approches du miracle

(DR)

Les textes dits lors de l’allumage des lumières de Hanouka, lors de la récitation des prières quotidiennes au moment de la fête ou lors du birkat hamazone de cette période parlent clairement des « nissim », à savoir de miracles au pluriel. Quels sont-ils ? Tentative de réponse.

« Le Talmud (traité Chabat 21b) semble on ne peut plus clair : « Qu’est-ce que ‘Hanouka ?... Quand les Grecs sont entrés dans le Temple, ils ont profané toutes les huiles qui s’y trouvaient ; et quand la dynastie des Hasmonéens triompha..., les (cohanim) victorieux se mirent à chercher mais ne trouvèrent qu’une fiole d’huile, mise de côté (cachée, nous dit Rachi) avec le sceau (intact, toujours selon Rachi) du Grand Prêtre. Mais, il n’y avait assez d’huile que pour allumer (la Menorah du Temple) qu’un seul jour. Un miracle arriva et ils allumèrent avec elle pendant huit jours ».

Si tel est le miracle, comment peut-on parler de ce dernier au pluriel ? Certains, pour expliquer cette « anomalie », l’ont fractionné en plusieurs instances différentes. En la matière, diverses lectures abondent. Le fait même de découvrir une fiole intacte, ayant échappé à la fureur des Syro-Grecs, constituerait en soi un miracle à ajouter à celui se répétant lors de l’allumage.

D’autres préfèrent se concentrer sur la répétition quotidienne du même miracle. Mais là, se pose un problème annexe. En toute logique, si nous célébrons ‘Hanouka pendant huit jours et que l’huile trouvée suffise pour une journée de combustion, le miracle proprement dit ne durera que sept jours. Quid, donc, du huitième ?

Il existe de nombreuses versions répondant à cette objection. Certains affirment que les parois poreuses de la fiole avaient absorbé une partie de l’huile qui, de ce fait, ne suffisait même pas à un seul allumage. Le miracle se serait donc répété huit fois. D’autres expliquent que seul un huitième de l’huile était versé  chaque fois et que cette quantité donnait une lumière brillant pendant vingt-quatre heures. Autre version proche de la précédente : après utilisation, la quantité d’huile contenue dans la fiole ne baissait pas.

Enfin, d’une manière plus spirituelle, il y eut des commentateurs pour penser que le fait même que les Juifs n’aient pas renoncé à allumer la Menorah le premier jour, tout en sachant qu’ils ne disposaient pas de la quantité d’huile suffisante pour les huit jours que durerait la nouvelle production du précieux liquide, était en soi miraculeux.

   Il existe néanmoins une autre interprétation justifiant le pluriel que l’on trouve dans le « Al hanissim ». Le premier jour de ‘Hanouka commémorerait le miracle de la victoire militaire des Juifs sur leurs ennemis. « Le 25 kislev (soit kaf-hé en hébreu), les juifs se reposèrent (‘hanou) de la bataille avec leurs ennemis », disent des commentateurs tels que le Tour ou le Ran pour expliquer le mot Hanouka.

À ce propos, il ne faut pas oublier la disproportion des forces en présence. D’un côté, une véritable armée, celle des Grecs, nombreuse, disciplinée et possédant du matériel de guerre sophistiqué pour l’époque, notamment les célèbres éléphants. L’un d’entre eux écrasa d’ailleurs l’un des frères Maccabées. De l’autre, une poignée de révoltés mal équipés et très peu entraînés, animés par le seul idéal de la Torah. Pourtant, comme le dit le texte de « Al Hanissim » inséré dans les prières quotidiennes, « Dans Ton immense miséricorde,... Tu as livré les forts aux mains des faibles, la multitude aux mains du petit nombre... ». 


Une poignée de révoltés mal équipés et très peu entraînés


C’est d’ailleurs cette version militaire miraculeuse que cite la Méguila Taanit, antérieure à la rédaction de la Michnah et du Talmud, en tant que miracle de ‘Hanoukah. Ce qui signifie qu’au moment même de l’événement ou peu de temps après, la victoire, qui délivrait les Juifs d’alors des décrets grecs contre la circoncision, le chabbat ou la célébration de Roch ‘Hodech, semblait l’essentiel. Le temps passant, le royaume hasmonéen cessant d’exister, le Temple lui-même ayant été détruit, le miracle de la fiole symbolisant la foi absolue en D-ieu et le désir d’accomplir ses mitsvoth au mieux prit, tout naturellement, la préséance. 

En fait, les deux miracles (d’où le pluriel) restent intrinsèquement liés et même complémentaires. Car d’une part, la victoire militaire permit la survivance physique des Juifs désireux de mener une vie authentiquement juive en Erets Israël. De l’autre, le miracle de la Menorah refléta, quant à lui, la victoire spirituelle du judaïsme sur l’hellénisme. 

Plus profondément, cette dualité, comme l’enseigne le Maharal de Prague, Rabbi Yehouda Loew ben Betsalel, éclaire l’histoire de ‘Hanouka sous un jour qui promeut en fin de compte l’unité. « La principale raison pour laquelle les jours de Hanouka furent institués fut la célébration de la victoire sur les Grecs, écrit-il. Néanmoins, afin qu’il ne semble pas que la victoire ne soit due qu’à la force et à l’héroïsme plutôt qu’à la providence divine, le miracle fut symbolisé par l’allumage de la Menorah pour montrer que tout n’était que miracle, y compris la guerre ». 

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