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10 Avril 2020 | 16, Nisan 5780 | Mise à jour le 08/04/2020 à 16h38

Rubrique Judaïsme

Parachath Vayéchev : Un engagement authentique

(Flash90.)

Dans notre monde aseptisé où la sacro-sainte démocratie a réduit à néant les idéologies, la neutralité est devenue un concept à la mode. Mais c’est malheureusement quand « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » que la terreur peut se faire une place de choix. Pour le Talmud, il est impératif de se situer sur le versant opposé et c’est Rachi, le plus éminent des commentateurs bibliques qui nous l’expliquera.

«Le début de notre paracha nous rapporte que les frères de Yossef nourrirent à son égard une haine si virulente qu’ils en vinrent à projeter de le tuer. Alors qu’il est missionné par son père pour chercher ses frères, Yossef est attrapé par ses derniers pour être jeté dans un puits. Décrivant ce puits, le texte (1) le présente comme « un puits vide, sans eau ! ». Cette anomalie sémantique n’échappera pas à Rachi qui s’inspirera du Talmud pour la comprendre (2) : si le puits est vide, ne sais-je pas qu’il n’y a pas d’eau ! En fait, c’est pour nous dire qu’il y avait des serpents et des scorpions : la redondance de l’expression est porteuse d’un message. Certes le puits était vide mais en précisant qu’il n’y avait pas d’eau, on vient nous donner la teneur de cette absence d’eau : il y avait des serpents et des scorpions.


Vide de Thora


De nombreux commentateurs posent une question simple sur ce texte du Talmud. Pourquoi la Thora ne fait-elle pas mention directement de la présence de serpents et de scorpions ? Pour répondre à cette question, il est intéressant de rapporter un texte du Midrach (3) : le fait qu’il n’y avait pas d’eau signifie qu’il n’y avait pas de paroles de Thora comparées à l’eau ! Dès lors, on comprend pourquoi la mention des serpents et des scorpions n’est pas nécessaire : quand l’eau (la Thora) est manquante, il va de soi, tout naturellement, sans besoin de le préciser, que des serpents et des scorpions sont présents. A comprendre ainsi : quand une situation est vide de Thora ou quand, plus simplement, un homme n’a pas de réflexion imprégnée par l’esprit de la Thora, tout ce qui va naître de cette situation ou de cette réflexion sera forcément contre la Thora, car la neutralité n’existe pas. Quand on est ni pour, ni contre, on est contre !


Refuser le compromis


Prenons l’exemple de la nourriture qui n’appartient ni au domaine du Bien, ni au domaine du Mal. Manger serait donc une activité neutre ! Non, répondent nos Maîtres, le moindre geste peut nous faire balancer, en un instant du côté du Mal ou du côté du Bien car il n’existe pas de « no man’s land spirituel ». On retrouve ce débat, si crucial pour l’identité juive, à l’époque de ’Hanoucca. Quand les ’Hachmonaïm voulurent allumer la Ménora, ils voulurent allumer avec de l’huile pure, portant le cachet du Grand Prêtre, le Cohen gadol, alors qu’ils auraient pu prendre une huile simple, comme la Thora le permet en tant de détresse. Leur volonté porta ses fruits, puisqu’ils trouvèrent une seule fiole portant ce cachet, et avec laquelle se produisit le miracle de 8 jours. L’idée du compromis leur était inconcevable. Il fallait coûte que coûte refuser la demi-mesure qui pouvait générer une forme quelconque de Mal. En étant entiers, ils allaient donner au judaïsme tout son avenir. 


Notes :

(1) Parachath Vayéchev, chap. 37, v. 24

(2) Traité Chabbath.

(3) Midrash Béréchith rabba, chap. 84, parag. 16

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