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21 Février 2020 | 26, Shevat 5780 | Mise à jour le 19/02/2020 à 18h14

Rubrique Communauté

Serge Tisseron : « Nous sommes tous, pour la plupart, accros aux écrans »

Rencontre avec le psychiatre Serge Tisseron, invité du Salon des écoles juives dimanche 26 janvier.

Actualité Juive: Vous êtes attendu au salon des écoles juives pour une conférence sur le thème : « Nos enfants sont-ils accros aux écrans ? ». A l’évidence, la réponse est oui…

Serge Tisseron : La réponse en réalité, est que nous sommes tous aujourd’hui, pour la plupart d’entre nous, accros aux écrans. Et c’est un problème pour nos enfants ! Des publications américaines ont récemment montré un risque plus grand d’accident au jardin public quand le parent est sur son smartphone, et des troubles du développement chez les enfants dont les parents utilisent leur smartphone tout en interagissant avec eux. C’est pourquoi, à l’association « 3-6-9-12 », nous allons lancer une campagne : « Votre enfant a besoin de votre regard, n’interposez pas votre smatphone entre lui et vous ».


A.J.: Que risque un enfant par un excès d’écran ? 

S.T. : Il est privé de quatre choses essentielles à son développement. Premier problème : le manque d’interaction sociale avec des humains. Ensuite, le risque de moins bien développer le langage comme il va moins interagir en parlant. Le fait de rester immobile risque aussi de créer une insuffisance de développement des capacités manuelles et des problèmes de motricité corporelle. Enfin, devant un écran, l’enfant est confronté à des images qui vont vite avec des couleurs vives. Autrement dit, beaucoup de stimulations intenses et colorées, bouleversantes sur le plan émotionnel, qui peuvent développer le goût des sensations extrêmes dans le rapport au monde.  


A.J.: Quel est l’impact sur la scolarité ? 

S.T. : Le problème principal des enfants qui grandissent avec des écrans, c’est le sommeil avec les conséquences qu’on connaît sur la fatigue le jour d’après et l’inattention. C’est pourquoi les parents doivent veiller à ce que jamais le smartphone ne rentre dans la chambre de l’enfant et pour cela, ils doivent aussi s’appliquer la règle à eux-mêmes. Il ne s’y pliera pas s’il voit ses parents faire l’inverse. Quand un enfant naît, les parents doivent s’acheter un réveil !


A.J.: Le numérique à l’école comme support pédagogique, est-ce une bonne chose selon vous ? 

S.T. : Oui à deux conditions. Que les enseignants apprennent déjà à travailler autrement en prenant en compte le changement d’état d’esprit des élèves. Dans l’ancien temps, chacun était seul devant sa copie. Aujourd’hui les élèves communiquent entre eux, vont sur Internet, s’entraident. Les enseignants doivent d’abord apprendre à développer la classe inversée, le travail collaboratif, la pédagogie de projets et la pratique du tutorat. C’est ce que j’ai toujours dit à l’Education nationale : avant d’introduire les outils numériques, il y a une révolution pédagogique à faire dans les classes. Si les enseignants n’on pas déjà intériorisé cette nouvelle façon de travailler, l’introduction des outils numériques risque d’être contre-productive.

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