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21 Février 2020 | 26, Shevat 5780 | Mise à jour le 19/02/2020 à 18h14

Rubrique Culture/Télé

Shirel : « En Israël, on vit au rythme de notre âme »

Crédit Ovac

Chez elle, à Tel-Aviv, entourée de ses enfants, de ses chiens et chats, Shirel nous accueille avec un gâteau au chocolat qui sort du four. Entretien d’une belle authenticité sur sa double actualité.

Actualité Juive : Vous venez de débuter une tournée en Israël avec votre dernière création, « Yentl & me ». 

Shirel : Je l’appelle une confidence musicale. C’est un moment où je révèle sur scène mon histoire depuis ma naissance. Je suis issue d’un mariage mixte ce qui a impliqué une quête d’identité. En fait, j’ai appris seulement l’an passé que ma mère était juive. Je raconte mon parcours en chantant sur les compositions musicales de Michel Legrand dans « Yentl », le film avec Barbara Streisand et mes propres chansons de mon nouvel album, « Will i marry me ». C’est une histoire de femmes. On me découvre avec Yentl, et quinze femmes venues du monde entier que j’ai interviewées. Virtuellement sur scène grâce à un écran, chacune présente aussi son parcours sur les grands thèmes : le père, l’identité, les racines, les souvenirs. Donc, même si je suis seule avec mes deux formidables musiciens, je suis bien entourée. Je raconte un parcours un peu initiatique, parfois avec des sujets difficiles qui sont plutôt fragilisants. Je ne veux plus être vulnérable, ni avoir peur de me dénuder. Ce qui n’est pas négatif. Quand on est vulnérable, on est ouvert à la création. Lorsque l’on a été brisé ou que les certitudes sont remises en question alors on se retrouve à la fois face à du vide et du plein. On s’emmêle les pédales, on essaie de trouver son chemin. Et c’est cela que je raconte. Je n’ai jamais autant aimé monter sur scène.


A.J.: Grâce à votre père producteur, vous avez pu rencontrer Barbara Streisand.

S. : Mon père l’a bien connue. Il savait que c’était ma chanteuse préférée, j’ai vu « Yentl » des centaines de fois. Un jour, il m’a fait la surprise de m’emmener dîner chez elle, puis j’ai regardé un film à ses côtés sur son canapé avec une couverture. On est très impressionné au début, puis l’on voit une personne tout à fait normale. Elle a même raconté un blocage. Cette Star avait connu à un moment la peur de la scène, et n’y était pas remontée pendant très longtemps. 


A.J.: Comment va se poursuivre la tournée de « Yentl & me » ?

S. : On continue le tour d’Israël. Puis on a pour projet l’Europe, dont la France. Et on pense aussi à Montréal. Comme c’est une histoire très personnelle, mais universelle puisqu’elle parle de toutes les femmes et de mon identité, on peut voyager. On n’a pas besoin d’être juif pour s’y retrouver, c’est pour ça que j’ai eu des entretiens avec des non juives pour leur faire parler des racines de la terre. Si pour nous c’est celle d’Israël, pour d’autres s’en est une distincte.


A.J.: Vous êtes convertie, vous avez choisi de vivre sur la terre d’Israël. Votre identité juive vous la vivez avec une centralité religieuse ou israélienne ?

S. : Très bonne question, même si je n’aime pas le mot « religieux », mais lui préfère « foi ». L’un n’exclut pas l’autre. Quand on habite en France, on est Juif et citoyen français. Quand on arrive en Israël, on est Juif, mais on reste français. On débarque avec une double identité que l’on n’a pas vraiment demandé. Mes enfants nés en Israël, eux ne se sentent pas français. Eux répondront qu’ils sont 100% israéliens, alors que nous continuerons de nous présenter aussi comme Juifs. Ils ne savent même pas ce que c’est ashkénaze et séfarade.


A.J.: Pensez-vous qu’il soit plus facile de vivre en tant que Juif en Israël ?

S. : Bien évidemment. Ici, on vit au rythme de notre âme, de notre culture, de notre identité. Vendredi à 15 heures tout commence à devenir reposant. C’est personnel, mais je ne peux vivre mon judaïsme que sur ma terre.


A.J.: Vous êtes née Jennifer Djaoui, nom de votre père producteur, et Manson de votre mère, la plus américaine des chanteuses françaises. Comment êtes-vous devenue Shirel, chant de D’ieu ?

S. : Je suis arrivée à 18 ans en Israël. J’ai commencé ma conversion, que j’appelle ma vraie version. Il fallait choisir un nom hébraïque. C’était comme dire « non » à ma mère. C’était difficile pour elle. Je partais et changeais de religion. Je ne voulais pas même être chanteuse. J’ai décidé de lui faire honneur et de m’appeler « Shir », le chant ! Ma banquière m’a suggéré d’ajouter le nom « El ». C’est drôle, mais c’est ainsi que Shirel est née en Israël.

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