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21 Février 2020 | 26, Shevat 5780 | Mise à jour le 19/02/2020 à 18h14

Rubrique Culture/Télé

Elsa Zylberstein : « Je suis une juive de Kippour »

Dans « Je ne rêve que de vous » de Laurent Heynemann, Elsa Zylberstein incarne avec fougue Janot Reichenbach, la dernière épouse de Léon Blum.

Actualité Juive : Vous incarnez une femme totalement amoureuse de Léon Blum. Qu’avez-vous apporté au personnage qui n’était ni dans le scénario ni dans « Je vous promets » le livre de Dominique Missika dont le film s’inspire ?

Elsa Zylberstein :  Jouer un rôle c’est le manger, l’habiter. Donc, j’ai tout donné, mes larmes, mes cris, mes vibrations, mon énergie. Même si ce ne sont pas mes mots, je les dis en apportant tout. Je crée le rôle. Si Janot est juive, pour moi la judéité n’a rien à voir dans cette incarnation. Elle n’y pense pas, elle est juste amoureuse. J’ai plutôt pensé à « Adèle H » de François Truffaut ou à toutes les grandes héroïnes vues au cinéma. Un rôle, je le fais avec mon ressenti.


A.J.: Vous avez déclaré : « Je ne crois pas au hasard ». Que cela signifie-t-il pour vous ?

E.Z. : Je pense que les êtres ne sont faits que d’énergie. La phrase de Paul Eluard, « Il n’y pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous », me plaît. Les rôles que l’on doit jouer, on les joue. Les gens dégagent une certaine énergie. On est des animaux les uns, les autres. On se renifle, tout à coup on se reconnaît. On m’a proposé ce rôle de Janot Reichenbach qui comme moi vient de Jouy -en-Josas. Quand on m’a demandé si je connaissais Léon Blum, je n’en revenais pas. J’ai grandi dans cette ville. Mes parents y vivent toujours et Blum de 1945 à 1950. Évidemment je connais Léon Blum et la toile de Jouy. C’est un drôle de hasard que l’on me propose ce rôle.


A.J.: Un jour, un rabbin m’a dit : « Le hasard c’est D.ieu qui avance masqué ».

E.Z. : J’adore ! Je suis tout à fait d’accord. 


A.J.: Vous célébrez les grandes fêtes juives. Est-ce une réponse à la Shoah ?

E.Z. : C’est une fidélité à ma grand-mère. Mais je vais rectifier, je ne célèbre pas les grandes fêtes juives. Ma mère est catholique et mon père est juif. Mais en m’appelant Zylberstein, je sais que je suis la juive parfaite à épouser. (Rires). Je suis une juive de Kippour, désolée de décevoir vos lecteurs. C’est important de faire Kippour pour moi, peut-être pas pour la Shoah, peut-être pour mon père enfant caché pendant la guerre en effet. Je le fais pour lui, pour ma grand-mère pour l’Histoire, et pour me souvenir. Je vais à Copernic ou au Palais des Congrès. Cette année, je tournais, j’ai dû courir pour arriver avant le son du shofar.  Ceci posé, j’ai toujours aimé pour Shabbat aller chez des amis, voire pour Pessah. J’aime discuter avec le grand rabbin de France, Haim Korshia. Quand je peux aider la Tsedaka, je le fais. J’étais la marraine du grand dîner d’Éric de Rothschild pour le C.A.S.I.P. C’est important pour moi en tant qu’actrice d’apporter ma contribution pour les plus démunis.


A.J.: Blum a connu l’antisémitisme dans toute sa puissance.

E.Z. : Absolument. Mais c’était une monnaie d’échange, on le gardait à Buchenwald, pas dans le camp de concentration, mais dans une résidence. Il était protégé parce qu’homme politique. Dans le film on voit Mandel arrêté, il va être exécuté. Blum pouvait l’être à chaque seconde, mais vu son poids cela avait une vraie valeur pour les Allemands.


A.J.: Sentez-vous une résurgence de l’antisémitisme ?

E.Z. : Je n’ai pas envie de répondre à la légère. Il faut toujours lutter contre le racisme et l’antisémitisme, toute forme d’exclusion ou d’extrémisme. C’est tout cela qui me fait peur aujourd’hui. C’est-à-dire le jugement rapide, les uns contre les autres, tous ces discours de rejet. Il faut tendre la main, être tolérant. Quand on voit des tombes profanées dans des cimetières juifs, j’ai l’impression que cela a toujours existé. Je n’ai pas le sentiment d’un changement depuis que je suis petite.


A.J.: Vous allez incarner Simone Veil ?

E.Z. : Je suis en train de le tourner. J’ai cinq films en 2020 avant celui -là, alors on aura le temps d’en parler. 


En salles : « Je ne rêve que de vous » de Laurent Heynemann avec Elsa Zylberstein, Hyppolyte Girardot, Émilie Dequenne.




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