Default profile photo

18 Février 2020 | 23, Shevat 5780 | Mise à jour le 12/02/2020 à 17h37

Rubrique Culture/Télé

Léa Lando : « L’humour et le rire me viennent aussi de ma famille »

Ça « envoie » et c’est signé Léa Lando : l’humoriste adresse des lettres au monde qui nous entoure.

Actualité Juive : Vous vous qualifiez de « couteau suisse » ! Il est vrai qu’il y a, sur cette jolie tête brune, plusieurs casquettes : humoriste, chroniqueuse radio sur Europe 1 aux côtés d’Anne Roumanoff et à la télé, sur Canal+. Et aussi scénariste !

Léa Lando : Je viens de terminer mon court-métrage, « Minuit » : l’histoire d’un moulin qui, selon une légende, transforme toute personne s’y trouvant de minuit au lever du soleil en l’opposé d’elle-même…


A.J.: Ce livre, qui reprend certaines de vos chroniques de Canal+,  prouve que vous êtes aussi une femme de lettres. Vos études de droit vous ont-elles aidée ?  

L.L. Elles ont conforté mon goût de l’écriture. En droit, on ne fait que ça, d’écrire et de lire ! Cette formation m’a également préparée à formuler mes phrases et à être à l’aise devant un public. Même si c’est de l’humour, il est important que le propos ait une tournure agréable. 


A.J.: Vous expliquez que vous taquinez le monde qui vous entoure avec beaucoup d’autodérision. L’autodérision, c’est confesser qu’il vous arrive de réutiliser une vanne…

L.L. Oui, ça je l’avoue dans le chapitre consacré à… l’écologie car en bonne écolo, je recycle ! 


A.J.: Être « affranchie » vous permet-il d’aborder avec une liberté de ton des thèmes intimes ?

L.L. Je suis plutôt pudique. Sur scène, je ne dis pas tout de ma vie personnelle, même s’il est vrai que mes spectacles ont des ressorts récurrents…


A.J.: Le célibat, les soirées mojitos et les kilos en trop ?

L.L. C’est cela ! Je me moque facilement et avec sincérité de quelques thématiques qui caractérisent ma vie mais il y a des parties de moi dont je ne parlerai jamais. 


A.J.: La communauté de Genève avait fait appel à vous pour une session consacrée à la femme dans le judaïsme, arguant que vous étiez « une jeune femme en phase avec son temps »…

L.L. J’essaie de l’être même si ce n’est pas toujours facile. Dans mon spectacle « C’est plus ce que j’étais », je confiais avoir parfois l’impression que la société avance un peu plus vite que moi.


A.J.: Une société qui incite de plus en plus à se vendre ? 

L.L. Quand on s’inscrit sur les réseaux sociaux ou sur des applis de rencontres, que fait-on sinon se vendre avec une belle photo et une phrase d’accroche ? On devient un produit en tête de gondole… et très vite en promo car nos exigences passent rapidement à - 50 %. C’est horrible, ce consumérisme. J’avance avec mon temps mais il y a des choses sur lesquelles je peine à raccrocher ma vie.


A.J.: Diriez-vous que votre patte réside dans votre ton, grinçant, cynique et jamais méchant ?  

L.L. J’aime avoir un humour un peu percutant et corrosif mais j’essaie de ne jamais faire de peine. J’ai compris mes limites au tout début de ma carrière où j’avais des vannes sur les handicapés. Jusqu’au jour où un spectateur, au premier rang de la salle, m’a fait prendre conscience de ma peur de le peiner. 


A.J.: Laissons aux lecteurs le plaisir de découvrir les lettres que vous adressez à des destinataires variés et inattendus. Dans celle destinée au plastique, vous imaginez des extra-terrestres débarquer sur nos océans…

L.L. Ils sont juifs ! Je trouvais cela drôle, un extraterrestre s’exclamant : «  Maurice, qu’est-ce que c’est que ce dépotoir ? Ils m’ont mal vendu les vacances ! ». En fait, ça m’est venu comme ça, avec l’accent pied-noir. On pourrait me soupçonner d’imaginer que si les extraterrestres existent, ils sont obligatoirement juifs !


A.J.: Avez-vous déjà été en butte à des réflexions désobligeantes liées à votre judéité ?

L.L. Jamais. Dans mon tout premier spectacle, en province, je me souviens que je ponctuais une vanne par : « Je suis juive ». À chaque fois, j’ai senti un silence s’installer dans la salle, sans savoir si c’était de la gêne ou de l’étonnement. Peut-être était-ce trop frontal. J’ai décidé d’enlever cette phrase. De toute façon, je parlais aussi de ma tante, juive !


A.J.: Il y a une lettre à la famille. Un mot sur la vôtre ? 

L.L. Mon père est juif tunisien et ma mère italienne. On est donc très « famille » : cela signifie des dîners où on parle fort et des repas de shabbat où on est une vingtaine ! Ma grand-mère avait instauré une tradition qui a perduré grâce à mes tantes : celle de la porte ouverte le soir de shabbat. Chez elle, on n’avait pas besoin de prévenir, il y avait toujours du couscous pour quarante personnes ! L’humour et le rire me viennent aussi de ma famille. 


Léa Lando, « Affranchie », Plon, 334 p, 18,90 euros





Powered by Edreams Factory