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18 Janvier 2020 | 21, Tevet 5780 | Mise à jour le 15/01/2020 à 17h37

Rubrique Israël

La lutte autour de l'immunité parlementaire de Netanyahou

Binyamin Netanyahou (Flash90.)

A moins de deux mois des élections, la demande d'immunité parlementaire déposée par le Premier ministre est devenue le principal sujet du débat public en Israël.

Après avoir laissé entendre à plusieurs reprises qu'il ne demanderait pas l'immunité parlementaire, Binyamin Netanyahou, mis en examen pour corruption, fraude et abus de confiance, a déposé sa requête le 1er janvier, quelques heures seulement avant la fin du délai de 30 jours dont il disposait pour le faire.

Il a expliqué sa décision par son désir de continuer à servir son pays. "J’ai l’intention de demander au président de la Knesset de me laisser, conformément à la loi, m’acquitter de mon droit, de mon devoir et de ma mission afin de continuer à vous servir, pour l'avenir d’Israël." 

En présentant cette demande, qui pourrait d'ailleurs ne pas aboutir, le leader du Likoud s'efforce surtout de retarder l'ouverture de son procès. La commission chargée d'examiner sa requête sera en effet difficile à constituer alors que la Knesset est déjà dissoute. Le débat sur l'immunité semble donc devoir être reporté jusqu'à la mise en place de la prochaine Knesset qui ne sera terminée que dans quelques mois. 

Mais dans l'opposition, on ne l'entend pas de cette oreille. Le parti Bleu Blanc de Benny Gantz a annoncé le 5 janvier qu'il avait obtenu l'appui d'une majorité de députés (65 sur 120) pour demander à une commission parlementaire d'étudier sur le champ la demande de M. Netanyahou. 

   Or, privé du soutien d'Avigdor Lieberman, acharné à causer sa perte et qui déclare à qui veut l'entendre qu'il ne fera pas partie de la "coalition de l'immunité", M. Netanyahou ne dispose pas de la majorité nécessaire pour faire approuver sa demande. Il a donc intérêt à faire échouer la constitution de la commission chargée d'examiner sa requête. La mise sur pied d'une telle commission après la dissolution de la Knesset, n'est pas conforme à la tradition parlementaire mais, selon le conseiller juridique de la Knesset, Eyal Yinon, elle n'est pas non plus impossible au niveau juridique. 

Dès que cet avis du conseiller juridique de la Knesset a été rendu public, M. Yinon a fait l'objet d'une attaque en règle de plusieurs députés du Likoud. Ils ont révélé que sa compagne travaillait au Parquet et qu'elle avait pris part à l'instruction des "affaires" du Premier ministre. Le conseiller juridique aurait donc rendu son avis sans tenir compte de l'existence d'un "conflit d’intérêts". M. Yinon a aussitôt annoncé qu’il se tiendrait désormais à l'écart des débats concernant l'immunité de M. Netanyahou. 

La décision concernant la constitution de la commission doit être prise par le président de la Knesset Youli Edelstein, qui appartient au Likoud. Il fait l'objet de fortes pressions de la part de l'opposition, à laquelle son ami Avigdor Lieberman, originaire comme lui de l'ex-URSS, s'est joint. Ce dernier a même menacé de le faire destituer par le parlement s'il empêchait la formation de la commission. 

Par ailleurs, Youli Edelstein, personnalité assez consensuelle dans le pays, espère se faire élire à la présidence de l'Etat à l'été 2021, lorsque le mandat de Reouven Rivlin se terminera. En restant fidèle au Premier ministre, il risque donc de perdre une partie de ses supporters et de compromettre définitivement la réalisation de son rêve…

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