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19 Septembre 2020 | 1er, Tishri 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Jeûne de Guédalia : 06h17 - 20h07

Rubrique Israël

Menashe Amir : «Cette fois, c'est l'existence du régime iranien qui est en jeu »

Menashe Amir (DR)

L'ancien directeur des programmes en persan de la radio publique israélienne est un expert de la société iranienne. Pour lui, la crise actuelle rapproche le régime de sa fin.

Actualité Juive: Que faut-il penser des manifestations de ces derniers jours en Iran ?

Menashe Amir : Ces manifestations sont différentes des précédentes. Car cette fois, c'est l'existence même du régime qui est en question. Les slogans sont clairement contre tous les éléments du régime et contre Khamenei lui-même.


A.J.: Est-ce que ce mouvement de protestation est spécifiquement lié au crash du Boeing ukrainien du 8 janvier et aux nombreuses victimes iraniennes qui se trouvaient à bord, et pour lequel le gouvernement a d'abord tenté de cacher sa responsabilité ?

M.A. : Non. Je pense que c'était un prétexte. Les Iraniens attendaient l'occasion de redescendre dans la rue et d'exprimer leurs revendications contre le régime. 


A.J.: Quelle est la situation de la population iranienne depuis un an et demi que les Etats-Unis ont rétabli leurs sanctions économiques contre le pays ?

M.A. : La situation s'est considérablement dégradée. Le régime n'a plus d'argent. L'inflation est devenue endémique. La corruption augmente. L'oppression du peuple se renforce aussi. C'est pour toutes ces raisons que les gens manifestent et réclament un véritable changement, à commencer par la destitution de l'ayatollah Khamenei. Les revendications portent tout à la fois sur un changement de ligne politique, de ligne économique, et également sur un changement de cap dans les relations internationales de l'Iran. Nous avons vu cette scène [à l'université d'Ispahan le 12 janvier, NDLR] où des étudiants qui manifestaient n'ont pas voulu marcher sur les drapeaux d'Israël et des Etats-Unis. C'est très symbolique.


A.J.: Est-ce que les manifestations actuelles sont surtout le fait de la jeunesse iranienne ? Ou tous les âges sont-ils représentés ?

M.A. : Ce sont effectivement les étudiants qui ont commencé, mais ils sont rejoints progressivement par d'autres groupes de la population iranienne. Par exemple, les artistes iraniens ont annoncé leur intention de ne pas participer au festival annuel de cinéma organisé par le régime.


A.J.: L'opposition au régime est-elle spontanée ou organisée ?

M.A. : D'après ce que je sais, rien n'a été organisé. Cela a été totalement spontané. 


A.J.: L'Iran va tenir dans quelques semaines des élections législatives. Cela peut-il conduire à un changement politique ?

M.A. : Absolument pas. Le gouvernement contrôle tout l'appareil politique. Seuls les candidats loyaux au régime sont autorisés à se présenter aux élections. Quant au parlement iranien, il n'existe pas. Ce n'est qu'une façade. Il n'a aucune influence sur la définition de la politique nationale.


A.J.: Est-ce que les tensions actuelles peuvent représenter un danger pour la communauté juive iranienne ?

M.A. : Non. Il n'y a aucune menace sur la communauté juive. Ni d'ailleurs sur aucune autre minorité religieuse iranienne. Ce qui se passe actuellement en Iran est uniquement politique et n'a aucun caractère religieux ou confessionnel, même en ce qui concerne les Juifs.


« La corruption augmente. L'oppression du peuple se renforce aussi »


A.J.: Et du point de vue du pouvoir politique iranien, quelle est d'après vous sa première priorité ? Accentuer les tensions extérieures ou négocier avec les Etats-Unis ? 

M.A. : Pour l'instant, le gouvernement n'est pas en mesure d'accepter l'invitation américaine à négocier. La pression au sein du régime est trop forte. A mon avis, cela va prendre encore du temps. Je dirais au moins un an. 


A.J.: Dans ce cas, l'Iran va-t-il poursuivre l'escalade ?

M.A. : Je ne crois pas non plus à une poursuite de l'escalade régionale. Les Iraniens n'ont pas la puissance militaire nécessaire pour faire face à celle des Etats-Unis. Ils vont plutôt continuer sur la ligne qu'ils tiennent déjà dans la région. En revanche, c'est la situation intérieure qui va s'aggraver. 


A.J.: Si la situation interne continue de se détériorer, comme vous le prévoyez, y a-t-il un point de rupture au-delà duquel le régime iranien peut être directement menacé ?

M.A. : Je n'ai aucun doute à ce sujet. Cela va se produire. Il n'y a pas d'alternative à l'effondrement du régime. Mais cela va se produire par l'effet des forces en branle à l'intérieur du pays et non par des actions extérieures. La pression opérée par les Etats-Unis accentue le phénomène. Mais c'est bel et bien la nation iranienne, son peuple qui va changer la situation et mettre à bas le régime.


A.J.: Ce renversement inéluctable du régime iranien, vous pouvez estimer quand il se produira ?

M.A. : Le plus vite possible, j'espère. Et pourquoi pas dans l'année qui vient ! 

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